Monastère Saint Silouane

Rameaux Royaume de Dieu

1/4/2018 Jn XII, 1-18 Dimanche des Rameaux

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce que nous célébrons dans chaque eucharistie, surtout le dimanche, nous allons le célébrer durant toute la semaine : la grande semaine où Jésus a accompli, une fois pour toutes, l’évènement du salut du monde, l’évènement qui retourne toute notre histoire humaine de la mort vers la vie. Quel est donc cet évènement, ce mystère d’amour qui nous dépasse, que Jésus nous demande de vivre avec lui durant ces jours ? En ce premier jour de la semaine ses disciples pensent que le Fils de David entre à Jérusalem pour devenir roi. En réalité, à travers l’image de Jérusalem, le Fils de Dieu devenu mortel comme nous, marche devant nous pour nous ouvrir les portes du Royaume de notre Père. Jésus nous précède et nous entraîne pour faire partager à tous les humains, tous les humains, la communion d’amour de la Très Sainte Trinité. Cet amour sera notre Royaume, là enfin, tous les enfants du Père pourront être réconciliés. Alors que notre histoire, toute histoire depuis celle d’une famille jusqu’à celle d’un groupe, d’un monastère, d’une paroisse, de l’humanité entière est celle de l’incommunicabilité entre les personnes qui se côtoient, se heurtent mais ne se rencontrent pas dans ce qu’elles sont et seront éternellement. Ce drame est en nous, en chacun de nous. C’est cela que Jésus vient sauver. Alors que nous allons vers la mort, nous pourrons, dans son Royaume, être enfin réconciliés, ne plus vivre repliés sur notre égoïsme, sur notre personnage mais vivre pour notre Père et pour les autres, comme Jésus est totalement vers le Père et vers nous, comme l’Esprit-Saint est avec nous pour nous unir à Jésus et au Père. Voilà le Royaume de la Vérité auquel Jésus est venu rendre témoignage en étant vrai, vrai dans son humanité. Dieu seul est humain. Laissons de côté l’aspect folklorique de ce dimanche et laissons-nous saisir par sa réalité mystérieuse : Jésus, le Fils bien-aimé, Fils éternel du Père et fils de la Vierge, Lui le seul vrai Roi, Lui qui va faire l’unité de tous les enfants de Dieu, comment entre-t-il dans le Royaume ? On l’a chanté tout à l’heure : monté sur le petit d’une ânesse. Quelle stupidité pour les grands de ce monde mais quelle vérité révélatrice de notre roi. Il n’y a en Lui aucune domination, il n’y a en Lui aucune domination. Alors que depuis notre enfance, nous cherchons à nous imposer, à dominer, Lui, notre Seigneur et notre Dieu se fait le serviteur de tous. Il est humble, c'est-à-dire qu’il est vrai car il n’y a aucune violence en Dieu, tandis que nous sommes habités par la violence, même à l’égard de nous-mêmes. La vérité de l’amour ne s’impose pas de l’extérieur, par des lois mais elle est accueillie parce qu'elle est désirable. C’est ainsi qu’elle libère au lieu d’assujettir. Dans le Royaume de notre Père, il n’y a pas de sujets mais des êtres libérés dans le Fils. Dans le Royaume qui vient c’est par l’humilité du serviteur que tous les humains, surtout les plus pauvres et les plus démunis sont enfin respectés. Il est infini le respect de Dieu pour chaque personne humaine. En ce jour nous ne pouvons comprendre la douceur de notre Roi que si nous consentons à partager, un peu, son humilité. C’est pourquoi, à Jérusalem, ce sont les enfants qui L’acclament dans le Temple car c’est par la bouche des tout petits que notre Dieu se ménage une louange. A la lumière de ce jour une autre parole de Jésus apparaît dans sa vérité saisissante : « Si vous ne retournez à l’état des enfants, vous ne pourrez entrer dans le Royaume des Cieux ».
Amen

Annonciation

25/3/2018 Fête de l’Annonciation Lc I, 24-38

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« Dieu, toi mon Dieu, je Te cherche dès l’aurore, mon âme a soif de Toi. Après Toi languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau ». Ce début de psaume que nous connaissons bien, c’est le cri d’Adam et de tous ceux qui ont succédé jusqu’à ce moment qui vient de nous être rappelé. Oui, Adam cherchait Celui qu’il avait perdu par sa faute. Et le Seigneur – cela nous est dit dans la Sainte Liturgie – lorsqu'Il mit Adam hors du paradis ce n’était pas, comme on peut peut-être le concevoir, comme une punition, c’était pour lui redonner le désir de Dieu. Ce désir de Dieu il s’est accompli parfaitement dans la Vierge Marie, cette jeune fille consacrée au temple depuis longtemps. Il nous est dit ailleurs qu’elle gardait toutes ces choses dans son cœur, son cœur de désir, son cœur de désir de Dieu. En répondant à l’ange : « Qu’il me soit fait selon ta parole. Je suis la servante du Seigneur », en répondant ainsi, elle manifestait qu’elle avait le cœur totalement pur, un cœur de désir, animé uniquement du désir de Dieu. « Aujourd'hui l’aurore de notre salut s’annonce ». Nous avons chanté ce tropaire, mais comprenons-nous bien le premier mot : aujourd'hui ? Car ce que nous fêtons maintenant, ce n’est pas une histoire qui date de 2.000 ans, c’est la fête aujourd'hui puisqu’aujourd'hui notre salut commence et cet aujourd'hui est un aujourd'hui permanent, c'est-à-dire que c’est aujourd'hui mais ce sera demain et encore demain et après-demain si nous avons le désir de cet aujourd'hui, le désir de cette visite de Dieu, le désir d’être sauvé. Dieu Lui n’avait que ce seul désir : créer l’homme pour sa plus grande joie et la joie de l’homme. C’est pour cette raison qu’il a mis Adam hors du paradis pour lui donner ce désir qu’il avait perdu. Alors pour nous, cette fête, cette grande fête qui, par chance, se trouve toujours dans la période du carême, vient nous donner un espoir extraordinaire, l’espoir du salut, l’espoir d’être sauvé aujourd'hui. Aujourd'hui notre salut commence et demain, si nous voulons, nous pourrons redire la même chose. L’aujourd'hui de Dieu est permanent. Nous, nous sommes dans un temps comptabilisé humainement mais Dieu n’est pas de ce temps, Dieu est hors du temps. Son temps c’est l’aujourd'hui de sa présence en nous, pour nous, pour l’humanité entière. Alors en tant que chrétien, notre responsabilité est d’accueillir cette visite de l’ange Gabriel à Marie, d’accueillir la réponse de Marie comme étant la nôtre : « Qu’il me soit fait selon Ta Parole. Je suis la servante du Seigneur ». Car Marie était bien l’une d’entre nous. Sa particularité était d’avoir ce désir de Dieu depuis le début de sa vie et rien d’autre. Certes elle a été provoquée probablement par des tentations mais elle n’est pas tombée car son désir était trop fort alors pour nous qui vivons dans ce temps, ce temps qui quelque fois est un temps de misère, de douleurs, d’épreuves, de souffrances, nous pouvons nous assimiler à Marie qui reçoit le cadeau de Dieu pour l’humanité entière et puisqu’elle nous est offerte par Dieu, gratuitement, qu’elle peut devenir une intercession permanente pour nous, elle devient une étoile, une étoile qui brille dans le ciel, toujours, et lorsque nous sentons l’épreuve arriver alors tournons-nous vers l’étoile et demandons à Marie qu’elle fasse grandir en nous ce désir.

Amen

Foi Esprit - Saint

18/3/2018 Dimanche de Saint Jean Climaque Mc IX, 17-31

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Le Seigneur Jésus, en guérissant cet enfant, nous donne aussi une grande leçon, une double leçon. Tout d’abord Il dit d’une façon très catégorique que le pouvoir c’est la foi. Si l’on ne croit pas on n’a aucun pouvoir car, en fait, le pouvoir ce n’est pas nous qui l’avons mais c’est Dieu, c’est Dieu qui le possède et qui le met à notre disposition si nous avons la foi. C’est ce qui est arrivé à cet homme humble qui a répondu au Christ : « Seigneur je crois mais augmente ma foi ». Et c’est sans aucun doute ce que nous sommes amenés à dire à chaque fois que nous avons besoin du Seigneur, de son pouvoir divin. Nous pouvons Lui dire : « Oui je crois Seigneur mais augmente ma foi. Apprends-moi à avoir la foi ».
La seconde leçon est aussi importante que la première. C’est dans la finale de cette péricope que nous l’entendons : « Ce genre de problème, c’est par le jeûne et la prière que nous pouvons le guérir ». La prière qui est vitale, la prière qui n’est pas une action obligatoire, qui n’est pas un devoir, qui n’est pas magique, la prière c’est la relation avec Dieu. La prière est un élément vital, nous le savons bien ; sans la prière, sans cette relation privilégiée à Dieu rien n’est possible, absolument rien. Car c’est dans la prière que nous sommes dans la communion avec le Seigneur. Certes il y a d’autres moyens de communion : la communion au Saint Corps et au Saint Sang du Christ que nous prendrons tout à l’heure et aussi la communion dans la fraternité avec ceux qui nous entourent. Nous ne pouvons pas prier sans l’aide de l’Esprit-Saint, ceci est impossible. C’est pour cette raison que, pendant la Liturgie, nous demandons, par l’épiclèse, ce temps privilégié qui vient consacrer les Saints Dons, nous demandons au Seigneur de nous envoyer son Esprit très Saint sur nous et sur les saints Dons. Nous commençons par les demander sur nous car nous ne pouvons pas poursuivre la Liturgie sans avoir l’Esprit-Saint avec nous. C’est par l’Esprit-Saint que nous pouvons nous adresser à Dieu. C’est par l’Esprit-Saint que nous pouvons aimer nos frères, c’est par l’Esprit-Saint que nous pouvons participer au salut du monde. Aimer les autres, nous le savons bien, c’est une chose difficile et sans l’Esprit-Saint qui est amour ce n’est pas possible. Cet homme qui aimait son enfant a pu l’apporter aux pieds du Seigneur Jésus parce qu'il croyait, il croyait en Dieu, à sa manière certes, mais il croyait et le Christ l’a vu et, pour cette raison, il a guéri l’enfant. Nous devons, nous aussi, nous acharner à croire, à croire que l’Esprit-Saint peut tout faire. La semaine dernière, tout au long de la semaine, nous avons vénéré la croix du Christ, la croix qui est le seul moyen que nous offre l’Esprit-Saint pour vivre selon le Christ : « Celui qui veut venir à ma suite qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Nous ne pouvons pas prendre notre croix tout seul, cela est impossible. Nous ne pouvons pas aimer ceux qui nous entourent sans accepter cette croix et pour ce faire, il nous faut prier, prier beaucoup, prier l’Esprit-Saint pour qu’Il agisse en nous, pour qu’Il aime en nous alors tout devient possible, tout devient possible par la grâce et c’est l’Esprit-Saint qui nous procure la grâce. Retenons donc cette leçon que le Seigneur Jésus nous offre : avoir du pouvoir c’est avoir la foi et, pour Le suivre, porter notre croix tous - car nous devons tous la porter d’une manière ou d’une autre - c’est la seule solution pour suivre le Christ. Pour porter cette croix nous avons besoin de l’Esprit-Saint. Qu’Il vienne en nous et qu’il soit notre secours.
Amen

Dimanche de la Croix

11/3/2018 Dimanche de la Croix Mc VIII, 34, IX, 1

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous voici arrivés à la mi-carême, à la fin de cette première partie où nous avons essayé dans le jeûne, l’ascèse, la prière de nous approcher le plus possible du Seigneur. Nous constatons peut-être que tout cela n’est pas si simple, n’est pas si facile et est même quelque fois douloureux. La confrontation avec notre être profond, avec ce que nous sommes en vérité n’est pas toujours agréable à nos yeux. C’est pour cette raison que l’Eglise nous propose de méditer sur la croix du Seigneur, méditation que nous reprendrons pendant la semaine sainte. La croix, la croix dont nous avons été marqués dès notre baptême. C’est le premier acte que le prêtre a posé sur nous : il nous a signés du signe de la croix. Et depuis nous vivons avec ce signe : nous portons une croix sur nous, nous faisons le signe de la croix souvent, fréquemment, peut-être quelque fois sans attention, mais nous sommes marqués par ce signe. Pourquoi ? Parce que c’est sur la croix que tout le mystère du salut s’est accompli. C’est là que le Seigneur Jésus a abandonné totalement son moi humain, son égo humain (dans le bon sens du terme), Il l’a abandonné totalement entre les mains du Père : « Je remets mon Esprit entre tes mains », «  comme un agneau sans taches, muet devant celui qui le tond, ainsi il n’ouvre plus la bouche ». Cette phrase d’Isaïe qui prophétise le mystère de la croix du Christ, que nous répétons d’ailleurs pendant l’Office de la Proscomédie, cette phrase est forte, belle et doit toucher notre cœur. « … Comme un agneau pur que l’on mène à l’abattoir ainsi il n’ouvre pas la bouche ». C’est ainsi que le Seigneur accepte la croix. Souvent pour nous il est difficile de vivre les épreuves quelle qu’elle soit, les petites, les quotidiennes comme les plus rares, les plus exceptionnelles, les plus dures, les plus broyantes même mais nous avons toujours la possibilité de nous tourner vers le Christ sur la croix. C’est là qu’Il s’offre à nous en s’offrant au Père ; c’est là qu’Il nous offre au Père en s’offrant Lui-même. Nous ne sommes pas perdus sur cette terre. Pourtant, à certains moments, nous sentons que tout nous échappe, la force, l’énergie, la joie de vivre, la paix intérieure, que tout cela semble disparaître mais il nous reste toujours le Christ sur la croix. On peut toujours lever les yeux vers le Christ sur la croix et lui dire : « Viens, viens m’aider à porter ma propre croix car sans Toi je ne puis rien faire ». Pourtant le Christ nous dit aussi aujourd'hui : « Celui qui veut venir qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » et lorsqu'Il dit « qu’il me suive », cela veut dire qu’il écoute ma Parole, qu’il écoute mon enseignement, qu’il écoute tout ce que je lui ai dit par ma vie. Il suffit de relire l’Evangile pour comprendre ce que le Seigneur Jésus a vécu depuis son enfance. Il a vécu tout ce que nous vivons sur cette terre, tout sauf le péché mais toutes les conséquences du péché même Il a accepté de les vivre jusqu’à la mort et la mort sur la croix. Alors nous ne devons pas voir la croix comme un simple instrument de torture, même si c’en est un, bien évidemment, mais nous devons aussi voir la renaissance de l’arbre de vie par la croix, l’arbre qui donne la vie et cet arbre c’est Jésus qui nous donne la vie en nous aimant tel que nous sommes et en nous invitant à passer au travers des épreuves avec Lui, non pas sans Lui, avec Lui, mais en vivant nos épreuves comme une participation à ce qu’Il a vécu Lui-même tout au long de sa vie terrestre, sur la croix et à Gethsémani. Alors soyons consolés par cette parole : « Viens et suis-Moi » et « Si tu veux me suivre, prends ta croix. » Que le Seigneur nous donne la grâce, la grâce de son Esprit-Saint pour comprendre non pas intellectuellement mais comprendre dans l’expérience de la vie que la croix, même la plus difficile, est source de vie. Cela peut paraître à certains moments insupportable et ce l’est mais le Christ est là, Lui qui a supporté l’insupportable. Il est là et Il nous tient par les bras, dans le cœur, dans l’âme, de toutes ses forces, par son Esprit-Saint et c’est par là que nous pouvons vivre nos épreuves. Que Dieu nous donne cette grâce.
Amen

Dimanche du Jugement dernier

11/2/2018 Dimanche du Jugement dernier Mth XXV, 31.46

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Les paroles du Seigneur Jésus que nous venons d’entendre sont sans aucun doute des paroles pour nous permettre de comprendre ce qui arrivera à la fin des temps. Certes ces paroles sont conséquentes, importantes. Elles résonnent dans nos cœurs mais elles nous sont données aussi pour notre vie d’aujourd'hui, pas uniquement pour imaginer ce qui pourrait nous arriver à la fin des temps, au jugement dernier. Tout ce que décrit le Seigneur Jésus est fait pour que nous soyons éveillés, éveillés à notre propre vie et à ce que nous en faisons. Le Seigneur Jésus nous a dit : « Qui m’a vu a vu le Père » et nous voulons voir le Père à la fin des temps mais si le Seigneur nous a dit « Qui m’a vu a vu le Père », il faut bien comprendre que nous pouvons voir le Seigneur Jésus aujourd'hui, Le voir dans notre frère, dans notre sœur : c’est tout le message de l’Evangile de ce jour. Il faut que nous soyons éveillés pour découvrir en chacun, en chacune de ceux que nous sommes appelés à rencontrer, le visage du Christ. Le psalmiste, dans le psaume 26 dit : « Seigneur je cherche ton visage » mais ton visage, Seigneur, est dans mon frère, dans ma sœur et je ne le vois pas. Je ne le vois pas parce que mes yeux sont fermés ou plus exactement ils ne sont pas fermés mais ils sont tournés vers moi au lieu d’être tournés vers mon frère, vers ma sœur pour y découvrir la belle face qui est celle qui T’appartient. Il nous est plus facile de voir les défauts de nos frères et nos sœurs. Il nous est plus facile de critiquer, de juger, de repousser mais voir la beauté de Jésus dans celui ou celle qui est en face de nous, c’est quelque chose d’extraordinaire qui peut nous arriver si nous sommes éveillés, si nous veillons autrement-dit, si nous sommes attentifs. Nous sommes heureux quand nous vivons avec des amis, des personnes que nous aimons, c’est facile à vivre mais il faut aller au-delà de cela encore, il faut découvrir le Seigneur Jésus en eux et plus encore il faut découvrir le Seigneur Jésus dans ceux qui nous sont moins faciles au niveau de la communication, de la présence, de la communion : découvrir la beauté de Dieu, la beauté du Christ dans le cœur de l’autre à condition que mon cœur ne soit pas tourné uniquement vers moi. Nous sommes tous touchés par l’égoïsme et par l’orgueil mais il faut être libéré de tout cela alors comment ? Parce qu’il faut que nous arrivions à voir dans notre frère et notre sœur le Christ, qu’il vienne nous dire : « C’est Moi que vous avez vêtu, c’est Moi que vous avez nourri, c’est Moi que vous avez accueilli, c’est Moi que vous avez visité ». La question est : « Pourra-t-il me dire cela lorsque j’arriverai devant Lui ? Ou bien me dira-t-il ce qu’il dit aux autres ? Pour ce faire il faut que nous soyons éveillés et que nous veillons, que nous soyons attentifs dans nos relations et dans notre foi aussi car ceci nécessite la foi. Pourquoi nous est-il possible, pendant l’Eucharistie, de dire, parce que le Christ nous l’a révélé, du pain et du vin qui est sur l’autel, corps et sang du Christ alors qu’il nous est difficile de voir le Christ dans notre frère et notre soeur ? Pourquoi ? Parce que nous sommes égoïstes, tous, moi comme vous, alors il faut nous réveiller pour que nous soyons éveillés. Nous avons des moyens, ces moyens nous sont apportés par l’Esprit-Saint, notamment dans la prière. C’est dans la prière que notre cœur se purifie, se cristallise, devient transparent et nous permet de voir. La prière nous mène à l’amour : l’amour de Dieu et l’amour du frère et de la sœur, la vraie prière, celle qui est amour justement. Il n’y a aucune prière authentique qui ne soit pas amour. Il n’y a pas d’amour authentique sans prière et tout cela nous est donné par l’Esprit-Saint. Alors certes, nous pouvons constater notre faiblesse et il est bon et important de la constater mais il ne faut pas nous arrêter là, il faut avoir foi dans l’Esprit-Saint : Il va susciter en nous la prière pour que nous sachions aimer et que, sachant aimer, nous découvrions la beauté de la face du Christ dans ceux qui nous entourent.
Amen

Regard du Christ

25/2/2018 Jn I, 43-51

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Pendant les 4 premiers jours de cette dernière semaine nous avons lu, entendu et médité le canon de Saint André de Crète que nous lisons traditionnellement tous les ans à cette période. Ce canon qui nous permet de prendre conscience de ce que nous sommes, de nos faiblesses. Y sont cités beaucoup de personnages de l’Ancien Testament qui ont commis des fautes pour nous rappeler que, nous aussi, nous sommes capables de commettre ces fautes. Ce canon, peut-être un peu terrifiant à entendre, mais il y a toujours une note d’espoir qui termine chaque partie du canon et aujourd'hui, alors que nous avons médité sur nos propres fautes, et que, peut-être cela nous a attristés, aujourd'hui, en entrant dans l’église nous contemplons l’icône du Christ Sauveur en souvenir du rétablissement de la vénération des icônes. En fait cette icône c’est le Christ qui nous regarde et qui guette notre regard, c’est le Christ qui veut manifester son amour. Lorsque Adam et Eve ont péché, ils se sont cachés, et c’est Dieu qui les a cherchés : « Où es-tu Adam ? » Le regard du Christ sur cette icône est certainement aussi un regard qui nous cherche et qui nous cherche pour nous dire combien Il nous aime. C’est le regard qu’Il a posé sur la Samaritaine, sur Zachée, sur la femme adultère, sur Nathanaël, comme nous venons de l’entendre : un regard qui apaise, un regard qui donne espérance, un regard qui réconforte. Le Christ nous dit : « Oui je vais te séduire, te conduire au désert et parler à ton cœur ». Tout ce temps de carême qui est un temps de désert le Christ souhaite nous parler, nous dire quelque chose et pour ce faire il faut que notre cœur se libère, se désencombre pour que le Christ puisse s’exprimer. Cela va être tout le travail ascétique de cette période carémique. Le regard du Christ c’est un regard de Créateur, de Celui qui nous a fait à partir de rien et qui, en s’incarnant sur la terre, a voulu montrer son visage d’amour, a voulu nous offrir son regard d’amour, ce regard d’amour qui n’a eu de cesse, tout au long de sa vie terrestre, de se poser sur chacun de ceux qui l’entouraient, y compris sur la croix. Sur la croix le Christ regarde ceux qui l’entourent : Il regarde le Bon Larron, Il regarde les soldats, le centurion, sa mère, Saint Jean. Il est surpris de voir combien on L’a rejeté : « O mon peuple, que t’ai-je fait ? » Aujourd'hui Il nous dit : « Que m’as-tu fait ? Où es-tu ? Où t’es-tu éloigné de Moi ? Approche et n’aie pas peur ». Il est impressionnant de lire tous ces passages de l’Evangile où tous ceux qui approchent le Christ sont guéris s’ils étaient malades ou transformés dans leur âme et nous aujourd'hui nous nous laissons regarder par le Christ qui est sur cette icône par ce regard d’amour. Bien sûr nous sommes pécheurs et le Seigneur le sait bien mais ce n’est pas cela qui l’intéresse. Ce qui l’intéresse c’est que nous nous laissions regarder par Lui, même dans le péché. C’est cela qu’Il cherche à nous faire comprendre et à nous dire : Il ne nous rejette pas, Il nous accueille, comme Il accueille Nathanaël. Toute notre vie nous serons confrontés à nos faiblesses : il nous faudra lutter contre les tentations et demander le secours du Christ pour pouvoir continuer la route. Sans l’amour du Christ, sans ce regard d’amour, nous ne pouvons pas grand-chose mais avec Lui tout devient possible. Le carême est une période particulière, c’est un temps où l’on peut d’avantage peut-être voir qui on est et qui on devrait être et en même temps sentir combien le Seigneur est proche de nous pour nous soutenir, nous encourager, nous prendre par la main. Nous pouvons Lui dire : « Je suis une brebis perdue, appelle-moi, ô Sauveur, et sauve-moi », comme nous le disons dans l’Office des défunts. Il viendra alors, Il viendra pour nous sauver. Alors lorsque nous arriverons devant Lui à la fin des temps, nous pourrons Lui dire : « Je suis l’image de ta gloire ineffable malgré les stigmates de mes péchés ». Oui nous pourrons dire cela car le Seigneur nous aura appris à accueillir son regard d’amour ; Il nous aura appris à poser un regard d’amour sur ceux qui nous entourent ; Il nous aura appris à aimer.
Amen

Rencontrer le Christ

2/2/2018 Lc II, 22-40 La Sainte Rencontre

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Aujourd'hui nous fêtons la Sainte Rencontre, la Sainte Rencontre entre Jésus, le Christ, et le vieillard Siméon et tous ceux qui l’entourent. Rencontrer le Christ - on le comprend bien dans cet Evangile – est vital pour le Vieillard Siméon. C’est un moment de grâce qui lui a été prédit par l’Esprit-Saint et il sait qu’avant de mourir il verra le Christ et le tiendra dans ses bras. Il ne s’agit pas de n’importe quel enfant car le Vieillard Siméon l’exprime et le comprend : il s’agit du Sauveur du monde qu’il tient dans ses bras. L’expérience de Siméon, c’est une expérience que nous devons essayer et désirer vivre à un moment ou l’autre de notre vie. Certes on ne nous apportera pas l’enfant Jésus dans nos bras mais il s’agit de Le rencontrer sous une forme ou sous une autre par quelque moyen que ce soit. C’est indispensable à la vie spirituelle, à la vie chrétienne : rencontrer le Christ. Certes, nous connaissons le Christ, nous avons reçu la foi au baptême et nous croyons en Lui mais L’avons-nous rencontré ? Est-ce que plus exactement nous avons eu ou nous avons encore le désir de Le rencontrer, de personne à personne ? La question se pose : mais comment, comment Le rencontrer ? En fait, c’est une fausse question. Nous devons avoir le désir de Le rencontrer et demander cette rencontre dans la prière fervente, régulière, tenace et c’est le Seigneur Lui-même qui provoquera la rencontre, ce n’est pas nous. Nous, nous la demanderons, nous la désirerons mais celui qui la provoquera en nous rencontrant c’est le Christ. C’est Lui qui a été déposé dans les bras du Vieillard Siméon par sa mère Marie et Joseph. C’est important cette rencontre parce que nous ne pouvons pas vivre sans cette rencontre. Même si c’est à la fin de notre vie que cela se produit, peu importe le moment mais il faut qu’elle ait lieu comme pour le Vieillard Siméon : avant la mort, la rencontre avec le Christ, une vraie rencontre, une rencontre qui nous ouvre le cœur, qui transforme notre âme, qui change notre vie, qui fait qu’après la rencontre nous ne serons plus exactement le même ou la même. Le Seigneur peut venir à notre rencontre sous différentes formes, extrêmement variées. Bien sûr il y a quelques personnes exceptionnelles qui verront le Christ de leurs yeux, quelques saints, comme Saint Silouane et qui ainsi le rencontreront mais le Christ pourra se manifester de bien d’autres manières. Peut-être un moment où nous prierons nous sentirons la douceur de sa présence. Nous aurons l’évidence et la conviction qu’Il est là et qu’Il nous dit quelque chose qui sera approprié à notre propre personne au moment voulu. Peut-être cela se fera autour d’une parole entendue, inattendue et qui viendra toucher notre cœur et peut-être faire verser nos larmes. Il y aura peut-être la réception de son Saint Corps et de son Saint Sang lors de l’Eucharistie à un moment qui se manifestera comme étant plus fort, plus particulier, plus personnel … et bien d’autres manières. L’important c’est la rencontre, c’est le désir de la rencontre et, accompagnant cela, une vertu, une vertu qui nous est difficile d’acquérir qui s’appelle la patience. Le Vieillard Siméon a attendu longtemps. Il était âgé. Il savait qu’il rencontrerait le Christ mais il ne savait pas quand et il a su attendre, ce que très souvent nous ne savons pas faire. Nous sommes des impatients. Nous voulons avoir le plus vite possible toutes sortes de grâces, plus particulièrement cette grâce de la rencontre. Bien sûr c’est légitime, ce désir est légitime mais il doit s’accompagner de patience : si ce n’est pas aujourd'hui ce sera demain et si ce n’est pas demain, ce sera plus tard. Peu importe, mais nous devons garder au cœur le désir de cette rencontre et une fois que cette rencontre aura eu lieu dans la profondeur de notre cœur, de notre être, nous serons changés, nous serons autre intérieurement, profondément. Hier, pendant la Vigile nous avons entendu un moment un petit texte que peut-être on a laissé passer sans attention et qui m’a paru significatif. Il était dit que le Vieillard Siméon ayant reçu le Christ dans ses bras était allé annoncer à Adam que le Sauveur était là. C’est le Christ qui va tirer Adam du lieu où il se trouve depuis qu’il a été chassé du paradis mais déjà, dans la situation où il se trouve, il lui est annoncé que le Sauveur est arrivé. Alors c’est pour nous une grande consolation parce que nous entendons aujourd'hui par la bouche du Vieillard que le Christ est venu, qu’il l’a eu dans les bras, qu’il peut aller maintenant dans son repos éternel, Siméon. Mais, indépendamment de Siméon, Adam, c'est-à-dire l’homme, l’humanité entière apprend qu’elle est sauvée avant même que le salut se soit accompli totalement par la mort et la Résurrection du Christ. Adam ne s’attendait probablement pas à cette nouvelle, en tout cas sous cette forme. Comme beaucoup d’hommes et de femmes sur la terre n’attendent pas la venue du Christ pour nous sauver mais nous, comme Siméon, nous avons la responsabilité de faire connaître au monde entier que le monde est sauvé potentiellement. Cette responsabilité ne se fera pas forcément par la parole, certainement pas par du prosélytisme inutile mais par notre vie, notre vie qui étant transformée par la rencontre deviendra manifeste aux yeux des hommes d’une manière ou d’une autre, peu importe. Mais nous aurons cette responsabilité de vivre et de garder ce mode de vie qui est différent de celui qui avait lieu avant la rencontre pour que le monde sache, pour que le monde connaisse que le salut est venu au milieu des hommes.
Amen

Pharisien et publicain

14/1/2018 Lc XVII, 12-19

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« Seigneur Jésus aie pitié de nous ». C’est par cette prière que s’expriment les dix lépreux atteints de cette terrible maladie et qui souhaitent être guéris par le Seigneur. « Seigneur, aie pitié de nous ». Et le Seigneur les exauce, le Seigneur les envoie se montrer aux prêtres, comme c’était la coutume lorsqu'on était guéri, et pendant qu’ils cheminent vers les prêtres pour se montrer, ils sont effectivement guéris de la lèpre. La leçon que nous donne le Christ aujourd'hui est facile à comprendre : un seul sur les dix revient rendre grâce au Seigneur. Le Seigneur en est étonné et il pose la question : « Où sont les neuf autres ? ». Il attire notre attention sur le fait que sur les dix le seul qui est revenu est un étranger, un non-juif. Cela prouve, entre autre que le Seigneur peut tout faire et que les guérisons ne sont pas réservées aux chrétiens mais à tous les hommes de la terre, pour qui les chrétiens doivent prier, bien sûr, c’est notre responsabilité. La leçon c’est : pourquoi disons-nous  « Seigneur aie pitié de nous » et pourquoi ne disons-nous pas « Merci Seigneur » ? Nous autres les moines, les moniales et les fidèles aussi, utilisons ce que l’on appelle « la prière de Jésus » dont l’origine est dans ce texte : Seigneur Jésus aie pitié de nous ou aie pitié de moi et nous répétons beaucoup de chapelets en redisant la même chose, à juste titre d’ailleurs, mais pensons-nous de temps en temps à dire le chapelet en disant : « Seigneur Jésus, sois béni pour ce que tu m’as donné » ? La question vaut la peine que nous nous la posions. Nous demandons souvent des prières – et nous avons raison – pour nous-mêmes, pour nos malades, pour des situations difficiles. Il faut demander, le Seigneur nous l’a dit : « Demandez, frappez à la porte, je vous ouvrirai ». Mais là, il est étonné parce que tout le monde est venu frapper à sa porte pour être guéri et un seul est venu dire merci. Alors à nous de nous interroger pour savoir s’il y a un équilibre entre nos demandes et nos actions de grâce. Ce que nous célébrons en ce moment s’appelle « Eucharistie ». C’est un mot grec qui signifie « merci ». C’est un mot qui existe toujours : quand vous allez en Grèce, pour dire merci, n’importe où vous dites « evcharisto » mais le disons-nous au Seigneur quelle que soit la langue ? Est-ce que pendant ces deux heures que nous passons ensemble, il nous viendra à l’esprit de rendre grâce au Seigneur et pourtant il y a des prières qui vont bien dire que nous rendons grâce mais est-ce que nous serons dans ces prières ? Est-ce que notre oreille entendra des mots simplement ou est-ce que notre cœur s’ouvrira pour dire merci au Seigneur, pour ce qu’il a fait pour nous : sa mort sur la croix, sa résurrection et toutes les guérisons, pour le salut qui nous est offert ? Soyons attentifs à ce que nous faisons dans notre vie spirituelle, à ce que nous disons à Dieu. Tout à l’heure, après la Communion, nous chanterons : « Nous avons vu la vraie lumière, etc… » Est-ce que c’est simplement un chant, une ritournelle que l’on chante systématiquement après la Communion, à laquelle on ne fait guère attention ou bien est-ce que, dans ce chant, nous ferons entrer notre merci à Dieu pour ce que nous avons goûté, pour ce que nous avons reçu, son Corps, son Sang, sa bénédiction, sa paix, la joie du cœur retrouvée ? Quand j’étais petit enfant - je pense qu’on le fait toujours aux petits enfants – quand on me donnait quelque chose et que je ne disais pas merci, mes parents me disait : « Et alors, et alors … Où est-il le merci ? ». Oui, j’ai été éduqué comme cela. Alors bien sûr Dieu ne donne pas des taloches, Il a autre chose à faire mais quand même, il faut réveiller nos cœurs, nos âmes, il faut prendre conscience de nos manquements. Ce n’est pas compliqué de dire merci à Dieu quand une grâce est venue, quand nous avons été exaucés, quand un ami, une amie, une personne pour laquelle nous avons prié est exaucée. Rendre grâce, c'est-à-dire reconnaître la grâce, c’est cela que veut dire « rendre grâce », reconnaître devant Dieu que c’est Lui qui est à la source de la grâce. Alors voilà c’est tout l’enseignement simple, facile à retenir, qu’il faut vivre ; pas simplement retenir dans l’intellect mais vivre avec le cœur. Alors que le Seigneur nous apprenne à dire merci pour tout ce qu’il nous offre.
Amen

Remercier

14/1/2018 Lc XVII, 12-19

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« Seigneur Jésus aie pitié de nous ». C’est par cette prière que s’expriment les dix lépreux atteints de cette terrible maladie et qui souhaitent être guéris par le Seigneur. « Seigneur, aie pitié de nous ». Et le Seigneur les exauce, le Seigneur les envoie se montrer aux prêtres, comme c’était la coutume lorsqu'on était guéri, et pendant qu’ils cheminent vers les prêtres pour se montrer, ils sont effectivement guéris de la lèpre. La leçon que nous donne le Christ aujourd'hui est facile à comprendre : un seul sur les dix revient rendre grâce au Seigneur. Le Seigneur en est étonné et il pose la question : « Où sont les neuf autres ? ». Il attire notre attention sur le fait que sur les dix le seul qui est revenu est un étranger, un non-juif. Cela prouve, entre autre que le Seigneur peut tout faire et que les guérisons ne sont pas réservées aux chrétiens mais à tous les hommes de la terre, pour qui les chrétiens doivent prier, bien sûr, c’est notre responsabilité. La leçon c’est : pourquoi disons-nous  « Seigneur aie pitié de nous » et pourquoi ne disons-nous pas « Merci Seigneur » ? Nous autres les moines, les moniales et les fidèles aussi, utilisons ce que l’on appelle « la prière de Jésus » dont l’origine est dans ce texte : Seigneur Jésus aie pitié de nous ou aie pitié de moi et nous répétons beaucoup de chapelets en redisant la même chose, à juste titre d’ailleurs, mais pensons-nous de temps en temps à dire le chapelet en disant : « Seigneur Jésus, sois béni pour ce que tu m’as donné » ? La question vaut la peine que nous nous la posions. Nous demandons souvent des prières – et nous avons raison – pour nous-mêmes, pour nos malades, pour des situations difficiles. Il faut demander, le Seigneur nous l’a dit : « Demandez, frappez à la porte, je vous ouvrirai ». Mais là, il est étonné parce que tout le monde est venu frapper à sa porte pour être guéri et un seul est venu dire merci. Alors à nous de nous interroger pour savoir s’il y a un équilibre entre nos demandes et nos actions de grâce. Ce que nous célébrons en ce moment s’appelle « Eucharistie ». C’est un mot grec qui signifie « merci ». C’est un mot qui existe toujours : quand vous allez en Grèce, pour dire merci, n’importe où vous dites « evcharisto » mais le disons-nous au Seigneur quelle que soit la langue ? Est-ce que pendant ces deux heures que nous passons ensemble, il nous viendra à l’esprit de rendre grâce au Seigneur et pourtant il y a des prières qui vont bien dire que nous rendons grâce mais est-ce que nous serons dans ces prières ? Est-ce que notre oreille entendra des mots simplement ou est-ce que notre cœur s’ouvrira pour dire merci au Seigneur, pour ce qu’il a fait pour nous : sa mort sur la croix, sa résurrection et toutes les guérisons, pour le salut qui nous est offert ? Soyons attentifs à ce que nous faisons dans notre vie spirituelle, à ce que nous disons à Dieu. Tout à l’heure, après la Communion, nous chanterons : « Nous avons vu la vraie lumière, etc… » Est-ce que c’est simplement un chant, une ritournelle que l’on chante systématiquement après la Communion, à laquelle on ne fait guère attention ou bien est-ce que, dans ce chant, nous ferons entrer notre merci à Dieu pour ce que nous avons goûté, pour ce que nous avons reçu, son Corps, son Sang, sa bénédiction, sa paix, la joie du cœur retrouvée ? Quand j’étais petit enfant - je pense qu’on le fait toujours aux petits enfants – quand on me donnait quelque chose et que je ne disais pas merci, mes parents me disait : « Et alors, et alors … Où est-il le merci ? ». Oui, j’ai été éduqué comme cela. Alors bien sûr Dieu ne donne pas des taloches, Il a autre chose à faire mais quand même, il faut réveiller nos cœurs, nos âmes, il faut prendre conscience de nos manquements. Ce n’est pas compliqué de dire merci à Dieu quand une grâce est venue, quand nous avons été exaucés, quand un ami, une amie, une personne pour laquelle nous avons prié est exaucée. Rendre grâce, c'est-à-dire reconnaître la grâce, c’est cela que veut dire « rendre grâce », reconnaître devant Dieu que c’est Lui qui est à la source de la grâce. Alors voilà c’est tout l’enseignement simple, facile à retenir, qu’il faut vivre ; pas simplement retenir dans l’intellect mais vivre avec le cœur. Alors que le Seigneur nous apprenne à dire merci pour tout ce qu’il nous offre.
Amen

Zachée

14/1/2018 Lc XIX, 1-10

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« La force et la grâce de Dieu se manifestent dans notre faiblesse ». Ceci pourrait être le titre du passage évangélique que nous venons d’entendre. En effet dans l’histoire de cette rencontre entre le Seigneur Jésus et Zachée il y a la manifestation évidente de la grâce de Dieu, une manifestation qui peut paraître cachée à nos yeux mais qui pourtant est bien réelle. En effet, comme il est dit, Zachée est un publicain, quelqu'un qui ne vit pas – on dirait aujourd'hui – saintement, c'est-à-dire correctement, quelqu'un qui profite un peu des autres et qui s’enrichit sur le dos des autres. Il le sait. Il le sait et c’est pour cette raison - indépendamment de sa taille puisqu’il est dit qu’il était petit - qu’il est monté dans le sycomore. Il voulait voir le Christ, il avait entendu parler de Lui comme d’un thaumaturge, comme quelqu'un d’exceptionnel, un prophète. Il voulait Le découvrir, donc il fallait qu’il monte dans un arbre sinon les autres l’auraient empêché de voir le Christ mais il y a une autres raison pour laquelle il monte dans l’arbre, c’est parce que dans un arbre feuillu on n’est pas vu, on se cache et il se cache parce qu'il sait, comme Adam au paradis, qu’il ne peut pas être vu par Dieu dans son état de pécheur. Mais là il se trompe car c’est le Seigneur Jésus qui va l’interpeller, même s’il est caché, comme Dieu dans le paradis appelle ; « Adam où es-tu ? ». Et le Seigneur dit : «  Zachée descends, descends de ton arbre. Aujourd'hui je dois entrer dans ta maison, prépare le repas ». Et Zachée obéit au Seigneur. Il est certainement troublé, il se demande ce qui se passe : comment moi, pécheur, suis-je désigné pour accueillir celui qui est, apparemment, le Saint par excellence mais il s’exécute. Alors dans plusieurs Evangiles, l’évènement est relaté avec quelques nuances et quelques détails supplémentaires. On sait que pendant le repas il y a un dialogue qui s’instaure entre le Christ et Zachée – c’était d’ailleurs la volonté du Christ - et Zachée voyant la délicatesse du Christ, la manière dont il respecte sa personne telle qu’elle est : pécheur, pauvre, misérable même, mais respecté.  Zachée voyant cela est ému dans son cœur. Il est touché par la grâce du Christ mais le Christ ne lui demande rien. Il ne lui fait aucun reproche. Il ne lui dit pas : « Tu es un voleur, il faut changer de vie ». Non, Il ne lui dit rien. Il lui a simplement demandé un service : « Prépare la table pour moi », comme Il demandera à la Samaritaine : « Donne-moi de l’eau ». C’est cela le respect de Dieu qui nous prend tel que nous sommes, dans l’état où nous sommes, au moment où nous en sommes, dans notre beauté comme dans notre laideur, dans notre richesse comme dans notre pauvreté. Il nous accueille. Il nous demande seulement quelque chose : d’ouvrir notre porte. Zachée ouvre sa porte et prépare le repas. Cela entraînera pour lui une décision qu’il prendra à haute voix devant tous ceux qui sont là : je vais rendre ce que j’ai volé et distribuer encore les choses qui m’appartiennent à ceux qui en ont besoin. Zachée est amené à changer de vie. Il se retourne. Il entre sur le vrai chemin. Alors pour nous qu'est-ce que cette histoire signifie ? Est-ce simplement un souvenir historique sympathique où cela a-t-il une résonnance dans nos cœurs ? Parce que – bien sûr nous ne sommes pas des voleurs au sens strict du terme - mais sommes-nous vraiment parfaits ? Je pense que personne ici ne va répondre oui, en tout cas pas moi. Mais ce qui est extraordinaire c’est que le Seigneur se penche sur nous, qui que nous soyons, quoi que nous ayons fait et qu’il nous offre son amour qui s’appelle miséricorde. Il nous l’offre gratuitement, généreusement et sans condition si nous acceptons de nous laisser regarder par Lui comme nous sommes. Quelle extraordinaire leçon, quelle magnifique leçon. Elle se répètera dans l’Evangile mais elle est particulière aujourd'hui, elle est significative car nous pressentons que, dans quelques semaines, nous entrerons dans le grand carême qui nous préparera à la Résurrection du Christ. Il y a encore plusieurs semaines avant d’entrer dans ce carême, les semaines que l’on appelle le Triode et nous verrons qu’à chaque dimanche il y a un Evangile qui nous prépare, qui prépare notre cœur et notre âme à entrer sur le chemin du repentir, de la conversion, du retournement intérieur et cela sera suscité non pas par nous mais par le Christ parce que Dieu nous aime, tout simplement. Dieu nous aime parce que c’est sa nature, Il est amour et Il aime sa créature, sa création, quelle qu’elle soit et quelle que soit sa faiblesse. Alors c’est pour nous comme un baume d’apaisement qui se répand sur nous, sur notre âme, dans notre cœur, de savoir que, qui que nous soyons, nous sommes aimés. Nous cherchons tous l’amour, nous avons besoin d’amour, sans amour on ne peut vivre, on le sait mais nous avons à notre disposition l’amour de Dieu qui est là comme un grand trésor dans lequel on peut puiser sans cesse. Il nous faut simplement dire au Seigneur : « Donne-moi de Ton amour ». Alors le Seigneur s’exécutera. C’est certain puisque nous venons de l’entendre dans cet Evangile qui nous encourage et qui nous met debout dans la lumière de Dieu.
Amen

Ténèbres, mort, lumière du Christ

7/1/2018 Mt IV, 12-17

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Le texte évangélique que nous venons d’entendre peut nous paraître banal, simple voire simplement descriptif. Et pourtant il comporte peut-être un enseignement important, un enseignement auquel nous ne pensons pas forcément. En effet, il est rapporté ceci : « Le peuple qui se trouvait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient les obscurs parages de la mort une lumière a resplendi ». Ces phrases viennent en écho de la fête que nous avons célébrée hier, le baptême du Christ, car la lumière dont il est question, c’est Lui, le Christ sauveur, rédempteur mais ce texte nous est adressé à chacun d’entre nous aujourd'hui. Ce n’est pas simplement la Galilée des nations, la terre de Zabulon, la terre de Nephtali, c’est à nous qu’il est dit : à ceux qui se trouvaient dans les ténèbres, le peuple a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient les obscurs parages de la mort, une lumière a resplendi. Un des écrivains du siècle passé, Antoine Blondin, a dit ceci dans la bouche d’un de ses héros : « Je me suis habitué à vivre au seuil de moi-même. A l’intérieur il y fait trop sombre ». Cette phrase qui n’est pas très optimiste me rappelle ou fait écho à ce que nous venons d’entendre : les obscurs parages de la mort, les ténèbres, l’intérieur où il fait sombre. Alors dans un premier temps je vais m’adresser à mes frères et sœurs et à moi-même dans la vie monastique mais aussi de toute manière à vous tous qui êtes là car, de toute façon, être moine n’est rien d’autre que d’essayer d’être chrétien. Mais je voudrais, là aussi, citer une phrase que je fais totalement mienne d’un des moines de notre temps qui a écrit ceci : « Le but de la vie monastique n’est pas de réaliser des prouesses ascétiques comme un athlète accumulerait des exploits à la force du poignet pour en tirer une gloire ; il est de conduire le moine à l’impasse, à l’échec, au brisement du cœur, ce point mort ou ce point d’épuisement où l’homme confronté à ses fragilités et pataugeant dans sa pauvre vérité jusqu’aux genoux, découvre que seul il ne peut s’en sortir. Réduit ainsi à sa plus simple expression, à sa pauvreté radicale, il est alors paré pour rencontrer la grâce qui l’attend justement là, à ce point de son extrême faiblesse que peu acceptent de voir en face ». Ce merveilleux texte monastique – qui encore une fois s’adresse à tous les chrétiens - vient bien en écho à ce que nous avons entendu dans l’Evangile : le peuple qui se trouvait dans les ténèbres, c’est nous car, à certains moments de nos vies nous nous trouvons dans nos ténèbres. Nous sommes dans les obscurs parages de la mort et, d’après les textes de ce moine, il est nécessaire que, dans notre vie, nous fassions l’expérience de ce cœur broyé, de cet anéantissement intérieur. Cela n’est pas dans la logique humaine, c’est une espèce de perspective inversée digne de Dieu. Nous voudrions être brillants aux yeux des hommes. Nous voudrions qu’on se souvienne de nous. Nous voudrions qu’on nous prenne comme modèle mais l’on ne peut pas nous prendre comme modèle, comme repère si nous n’acceptons pas l’impasse, l’échec, le brisement du cœur, ce point mort, ce point d’épuisement où nous sommes confrontés à nos fragilités, où nous pataugeons dans notre pauvre vérité. Alors, alors seulement nous découvrons qu’il est impossible de s’en sortir tout seul. Alors nous sommes prêts, parés, comme dit le moine, à rencontrer la grâce qui nous attend justement à ce point extrême et cette grâce c’est la lumière qui resplendit, c’est là que le Christ nous attend, c’est là qu’Il veut se manifester et nous dire : « Je suis là ». C’est l’expérience d’un Silouane qui s’entend dire par le Christ : « Tiens ton esprit en enfer – dans ce cœur broyé - mais ne désespère pas car ma lumière est là. Je suis la lumière du monde. Je suis là pour toi et constate ta faiblesse, ton anéantissement, ton cœur broyé ». Alors ce texte devient merveilleux, ce texte devient positif, ce texte devient dynamisant, source de grâce, source de force, source de joie et de paix intérieure car qui que nous soyons moine, moniale, laïc, peu importe, lorsque nous faisons ce constat et nous acceptons ce constat car il faut l’accepter, l’accepter de tout cœur, accepter que nous ne sommes pas aussi brillants que nous voudrions l’être et que notre cœur en est broyé alors oui le Christ peut nous rencontrer, alors Il est là, alors Il vient nous consoler, nous conforter, nous redonner vie. Pour atteindre la vie, quelque part il faut mourir, mourir à soi-même, mourir à son égo qui nous atteint tous. Et lorsqu'au travers des épreuves, des constats de nos faiblesses, nous avons le cœur broyé, alors la lumière du Christ est là qui illumine notre cœur, qui l’envahit, qui l’emplit et qui lui donne le sens de sa vie.
Ce petit texte, apparemment, insignifiant est d’une beauté exceptionnelle. Il est simple à retenir, très simple : les ténèbres, la mort et au milieu la lumière du Christ qui resplendit pour nous sauver.
Amen

Théophanie

6/1/2018 Sainte Théophanie Mt III, 13-17

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Au travers de la fête que nous vivons aujourd'hui et de l’Evangile que nous venons d’entendre, nous recevons pour la première fois, d’une manière évidente, la notification de la Sainte Trinité. En effet, Jésus, deuxième Personne de la Sainte Trinité, se laisse baptiser par Jean et, au même moment, l’Esprit-Saint sur la forme d’une colombe se manifeste puis la voix du Père témoigne de l’affection qu’il porte à son Fils bien-aimé. Le Père, le Fils et l’Esprit-Saint sont manifestés au même moment. Et ce moment qui est vital pour chacun d’entre nous, puisque c’est le mystère du salut qui se concrétise de plus en plus et particulièrement à ce moment où Jésus va commencer sa vie publique connue où Il parlera à tous ceux qui l’entoureront, où Il manifestera l’amour de Dieu pour tous les hommes. Ce moment est important, d’autant plus que, comme pour la Nativité, il se vit dans une humilité totale. En effet, lorsque Jésus se présente à Jean pour être baptisé, Jean est le premier qui témoigne de l’humilité : il refuse de baptiser son cousin qu’il connait, qu’il sait d’avance qu’Il est le Fils de Dieu. Il dit même qu’il n’est pas capable de dénouer la courroie de ses sandales. L’humilité de Jean est reprise évidemment, avec une plus grande intensité, un plus grand développement par l’humilité du Christ qui accepte d’être plongé dans les eaux du Jourdain où Jean baptisait les pécheurs pour qu’ils se convertissent. Le Seigneur Jésus n’avait pas besoin d’être lavé d’aucun péché. Il n’avait pas besoins de se convertir mais s’Il entre dans les eaux souillées du Jourdain c’est par humilité, par association profonde avec notre humanité pécheresse. Sans être pécheur, il prend le péché des hommes sur ses épaules et Il les plonge avec Lui dans les eaux du Jourdain. Au même moment, ces eaux souillées par le péché sont purifiées. C’est là un grand mystère comme tout ce qui touche Dieu. Le mystère d’une décision d’amour trinitaire d’envoyer le Christ sur la terre pour nous sauver. C’est pour cette raison que la Trinité se manifeste à ce moment-là : que l’on comprenne bien que c’est une décision de Dieu Père, Fils et Saint-Esprit pour sauver les hommes de la terre, tous les hommes de la terre. C’est pour cette raison que cette fête a été, dans l’histoire, la première à être célébrée liturgiquement avant celle de Noël. Vous comprenez l’importance de cette fête, même si Noël a son importance bien évidemment aussi. Alors pour nous cela doit résonner dans nos cœurs en signe d’espérance car si nous sommes tous pécheurs, capables de pécher, quelque fois gravement, peu importe, si nous nous tournons vers le Christ, nous sommes surs que nos péchés sont effacés.
En se plongeant dans les eaux du Jourdain le Seigneur Jésus commence sa vie publique qui va se dérouler jusqu’à la mort et à la mort sur la croix où Il versera son sang pour nous, à nouveau, pour s’offrir à nous. Il leur a dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » et Il donne sa vie. Il la donne dès le baptême et ce don se concrétise en final par sa mort sur la croix et par sa Résurrection. Lorsque nous consommons le précieux Sang du Christ et son Corps, nous recevons le don de Dieu, le salut de Dieu. C’est pour cette raison que lorsque la communion est terminée, l’évêque ou le prêtre disent : « Ceci a touché vos lèvres, vos péchés sont pardonnés et vos iniquités sont effacées ». Le cycle s’achève : ce cycle qui commence maintenant lorsque Jésus est plongé dans les eaux du Jourdain et qui s’achève lorsque nous recevons son Corps et son Sang avec conscience et que nous comprenons, non pas par l’esprit mais par le cœur, que nous sommes sauvés. Bien sûr tout cela se réalisera en plénitude dans l’éternité lorsque nous serons dans le face-à-face avec Celui qui est venu pour nous sauver. Alors il n’y aura plus besoin de rien. Nous aurons l’essentiel, nous aurons tout. Nous aurons Dieu avec nous.
Amen

Écoute de la parole de Dieu

1/1/2018 Lc II, 201-21, 40-52

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous avons fêté Noël il y a quelques jours. Nous avons fêté l’Incarnation du Christ, cette grande humilité de Dieu qui se manifeste en prenant le corps que nous avons, un corps d’homme. Aujourd'hui, dans ce récit, un peu condensé, nous voyons que Jésus continue sa vie d’enfant et d’adolescent. Cette grande humilité qui nous a frappés, marqués lors de la fête de sa naissance nous marque encore aujourd'hui car nous voyons qu’il continue de s’abaisser en acceptant de vivre les lois et les règles qui se pratiquaient à cette époque dans ce pays et dans la tradition juive : Il se laisse circoncire comme tous les enfants de cet âge. Et puis, il part avec ses parents pour la fête de Pâque à Jérusalem et là il se passe quelque chose de particulier au retour puisqu’il disparaît aux yeux de Marie et de Joseph et qu’ils ont bien du mal à le retrouver. Ils le retrouvent enfin dans le temple et il nous est dit qu’Il écoutait ceux qui étaient présents et leur posait des questions. Là encore nous retrouvons sa grande humilité : Il écoute et questionne, Lui qui est Dieu et qui sait tout. On nous dit par ailleurs que dans le dialogue qui s’instaure avec ceux qui sont présents dans le Temple, tous étaient surpris par son intelligence qui se reflétait dans le dialogue et les réponses que lui-même pouvait donner. Ensuite l’Evangile se terminera en nous disant que Jésus croissait en taille et en sagesse et qu’il était soumis à ses parents, nouvelle marque d’humilité : soumis à ses parents.
Peut-être que pour nous il y a deux leçons à retenir – peut-être plus mais au moins deux – au travers de ce texte. D’abord la nécessité de suivre le Christ dans son humilité qui que nous soyons. Si nous savons être humbles, si nous savons être nous-mêmes devant les hommes comme devant Dieu alors nous sommes sur le chemin que le Christ nous propose, le chemin de la sainteté car il n’y a pas de sainteté sans humilité. Et puis il y a quelque chose que nous pourrions peut-être aussi retenir c’est que Jésus écoute ceux qui sont en train de commenter la Torah. Il écoute, il est attentif à la Parole de Dieu, Lui qui est le Logos, la Parole incarnée. Il écoute la Parole de Dieu, Il la laisse entrer dans son cœur d’homme, Il se laisse compénétrer par cette sagesse divine qui est en même temps la sienne mais, dans sa nature humaine, Il l’accueille progressivement et Il est attentif à tout ce qui est dit. Alors pour nous la question se pose. Est-ce que, à l’image du Christ, nous sommes attentifs à la Parole de Dieu, à cette parole que nous entendons dans nos Offices, à cette Parole que nous pouvons lire dans nos Evangiles, dans la Bible que nous avons à la maison mais la lisons-nous ? La lisons-nous bien, c'est-à-dire avec attention, avec respect, en étant certains que cette Parole s’adresse à nous, pour nous, pour nous faire grandir, pour nous faire avancer sur ce chemin de sainteté ? C’est une leçon que Jésus nous donne par son attitude au milieu des docteurs de la Loi et de tous ceux qui se trouvaient au temple à ce moment-là, une leçon d’humilité et aussi une leçon de sagesse : savoir accueillir la Parole de Dieu qui n’est pas une parole ordinaire. C’est une parole créative, qui nous recrée sans cesse si nous voulons bien l’écouter et la faire nôtre, si nous voulons bien vivre de cette parole. Nous avons probablement trop l’habitude d’entendre la parole mais de ne pas l’écouter. On l’entend, comme on entend une chanson à la radio mais on ne l’écoute pas car écouter c’est quelque chose qui demande de l’attention, du respect, une attitude intérieure. La Règle de Saint Benoît, ce grand moine d’Occident, commence par : « Ecoute, ô mon fils » et il s’adresse à ses moines. Ecoute. Et on sait bien qu’on a plutôt tendance à parler qu’à écouter, à savoir par nous-mêmes plutôt que de se laisser nourrir par la connaissance de Dieu. Alors c’est une question que nous devons nous poser simplement, sans drame. Qu'est-ce que je fais de la Parole de Dieu ? Il y a une Tradition Liturgique dans l’Eglise qui consiste à ce que la Parole de Dieu soit toujours sur l’autel, sur tous les autels orthodoxes vous trouverez la Parole de Dieu, toujours. Et lorsque l’évêque ou le prêtre ou le diacre entre dans le sanctuaire, il vénère l’Evangéliaire, il l’embrasse car, comme une icône, la Parole de Dieu est présente, là, sur l’autel et elle va devenir agissante si je veux bien l’écouter, si je veux bien la faire mienne, l’assimiler, la prendre comme une nourriture car la Parole de Dieu est sans aucun doute la nourriture la plus efficace qui soit sur cette terre. Interrogeons-nous, essayons de répondre le plus librement et le plus authentiquement à cette question. Qu'est-ce que je fais de la Parole de Dieu ? Et puis demandons au Seigneur d’ouvrir les oreilles de notre cœur pour effectivement entendre ce qu’Il a à nous dire au travers de cette parole sainte.
Amen