Monastère Saint Silouane

Rencontrer le Christ

2/2/2018 Lc II, 22-40 La Sainte Rencontre

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Aujourd'hui nous fêtons la Sainte Rencontre, la Sainte Rencontre entre Jésus, le Christ, et le vieillard Siméon et tous ceux qui l’entourent. Rencontrer le Christ - on le comprend bien dans cet Evangile – est vital pour le Vieillard Siméon. C’est un moment de grâce qui lui a été prédit par l’Esprit-Saint et il sait qu’avant de mourir il verra le Christ et le tiendra dans ses bras. Il ne s’agit pas de n’importe quel enfant car le Vieillard Siméon l’exprime et le comprend : il s’agit du Sauveur du monde qu’il tient dans ses bras. L’expérience de Siméon, c’est une expérience que nous devons essayer et désirer vivre à un moment ou l’autre de notre vie. Certes on ne nous apportera pas l’enfant Jésus dans nos bras mais il s’agit de Le rencontrer sous une forme ou sous une autre par quelque moyen que ce soit. C’est indispensable à la vie spirituelle, à la vie chrétienne : rencontrer le Christ. Certes, nous connaissons le Christ, nous avons reçu la foi au baptême et nous croyons en Lui mais L’avons-nous rencontré ? Est-ce que plus exactement nous avons eu ou nous avons encore le désir de Le rencontrer, de personne à personne ? La question se pose : mais comment, comment Le rencontrer ? En fait, c’est une fausse question. Nous devons avoir le désir de Le rencontrer et demander cette rencontre dans la prière fervente, régulière, tenace et c’est le Seigneur Lui-même qui provoquera la rencontre, ce n’est pas nous. Nous, nous la demanderons, nous la désirerons mais celui qui la provoquera en nous rencontrant c’est le Christ. C’est Lui qui a été déposé dans les bras du Vieillard Siméon par sa mère Marie et Joseph. C’est important cette rencontre parce que nous ne pouvons pas vivre sans cette rencontre. Même si c’est à la fin de notre vie que cela se produit, peu importe le moment mais il faut qu’elle ait lieu comme pour le Vieillard Siméon : avant la mort, la rencontre avec le Christ, une vraie rencontre, une rencontre qui nous ouvre le cœur, qui transforme notre âme, qui change notre vie, qui fait qu’après la rencontre nous ne serons plus exactement le même ou la même. Le Seigneur peut venir à notre rencontre sous différentes formes, extrêmement variées. Bien sûr il y a quelques personnes exceptionnelles qui verront le Christ de leurs yeux, quelques saints, comme Saint Silouane et qui ainsi le rencontreront mais le Christ pourra se manifester de bien d’autres manières. Peut-être un moment où nous prierons nous sentirons la douceur de sa présence. Nous aurons l’évidence et la conviction qu’Il est là et qu’Il nous dit quelque chose qui sera approprié à notre propre personne au moment voulu. Peut-être cela se fera autour d’une parole entendue, inattendue et qui viendra toucher notre cœur et peut-être faire verser nos larmes. Il y aura peut-être la réception de son Saint Corps et de son Saint Sang lors de l’Eucharistie à un moment qui se manifestera comme étant plus fort, plus particulier, plus personnel … et bien d’autres manières. L’important c’est la rencontre, c’est le désir de la rencontre et, accompagnant cela, une vertu, une vertu qui nous est difficile d’acquérir qui s’appelle la patience. Le Vieillard Siméon a attendu longtemps. Il était âgé. Il savait qu’il rencontrerait le Christ mais il ne savait pas quand et il a su attendre, ce que très souvent nous ne savons pas faire. Nous sommes des impatients. Nous voulons avoir le plus vite possible toutes sortes de grâces, plus particulièrement cette grâce de la rencontre. Bien sûr c’est légitime, ce désir est légitime mais il doit s’accompagner de patience : si ce n’est pas aujourd'hui ce sera demain et si ce n’est pas demain, ce sera plus tard. Peu importe, mais nous devons garder au cœur le désir de cette rencontre et une fois que cette rencontre aura eu lieu dans la profondeur de notre cœur, de notre être, nous serons changés, nous serons autre intérieurement, profondément. Hier, pendant la Vigile nous avons entendu un moment un petit texte que peut-être on a laissé passer sans attention et qui m’a paru significatif. Il était dit que le Vieillard Siméon ayant reçu le Christ dans ses bras était allé annoncer à Adam que le Sauveur était là. C’est le Christ qui va tirer Adam du lieu où il se trouve depuis qu’il a été chassé du paradis mais déjà, dans la situation où il se trouve, il lui est annoncé que le Sauveur est arrivé. Alors c’est pour nous une grande consolation parce que nous entendons aujourd'hui par la bouche du Vieillard que le Christ est venu, qu’il l’a eu dans les bras, qu’il peut aller maintenant dans son repos éternel, Siméon. Mais, indépendamment de Siméon, Adam, c'est-à-dire l’homme, l’humanité entière apprend qu’elle est sauvée avant même que le salut se soit accompli totalement par la mort et la Résurrection du Christ. Adam ne s’attendait probablement pas à cette nouvelle, en tout cas sous cette forme. Comme beaucoup d’hommes et de femmes sur la terre n’attendent pas la venue du Christ pour nous sauver mais nous, comme Siméon, nous avons la responsabilité de faire connaître au monde entier que le monde est sauvé potentiellement. Cette responsabilité ne se fera pas forcément par la parole, certainement pas par du prosélytisme inutile mais par notre vie, notre vie qui étant transformée par la rencontre deviendra manifeste aux yeux des hommes d’une manière ou d’une autre, peu importe. Mais nous aurons cette responsabilité de vivre et de garder ce mode de vie qui est différent de celui qui avait lieu avant la rencontre pour que le monde sache, pour que le monde connaisse que le salut est venu au milieu des hommes.
Amen

Pharisien et publicain

14/1/2018 Lc XVII, 12-19

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen
« Seigneur Jésus aie pitié de nous ». C’est par cette prière que s’expriment les dix lépreux atteints de cette terrible maladie et qui souhaitent être guéris par le Seigneur. « Seigneur, aie pitié de nous ». Et le Seigneur les exauce, le Seigneur les envoie se montrer aux prêtres, comme c’était la coutume lorsqu'on était guéri, et pendant qu’ils cheminent vers les prêtres pour se montrer, ils sont effectivement guéris de la lèpre. La leçon que nous donne le Christ aujourd'hui est facile à comprendre : un seul sur les dix revient rendre grâce au Seigneur. Le Seigneur en est étonné et il pose la question : « Où sont les neuf autres ? ». Il attire notre attention sur le fait que sur les dix le seul qui est revenu est un étranger, un non-juif. Cela prouve, entre autre que le Seigneur peut tout faire et que les guérisons ne sont pas réservées aux chrétiens mais à tous les hommes de la terre, pour qui les chrétiens doivent prier, bien sûr, c’est notre responsabilité. La leçon c’est : pourquoi disons-nous  « Seigneur aie pitié de nous » et pourquoi ne disons-nous pas « Merci Seigneur » ? Nous autres les moines, les moniales et les fidèles aussi, utilisons ce que l’on appelle « la prière de Jésus » dont l’origine est dans ce texte : Seigneur Jésus aie pitié de nous ou aie pitié de moi et nous répétons beaucoup de chapelets en redisant la même chose, à juste titre d’ailleurs, mais pensons-nous de temps en temps à dire le chapelet en disant : « Seigneur Jésus, sois béni pour ce que tu m’as donné » ? La question vaut la peine que nous nous la posions. Nous demandons souvent des prières – et nous avons raison – pour nous-mêmes, pour nos malades, pour des situations difficiles. Il faut demander, le Seigneur nous l’a dit : « Demandez, frappez à la porte, je vous ouvrirai ». Mais là, il est étonné parce que tout le monde est venu frapper à sa porte pour être guéri et un seul est venu dire merci. Alors à nous de nous interroger pour savoir s’il y a un équilibre entre nos demandes et nos actions de grâce. Ce que nous célébrons en ce moment s’appelle « Eucharistie ». C’est un mot grec qui signifie « merci ». C’est un mot qui existe toujours : quand vous allez en Grèce, pour dire merci, n’importe où vous dites « evcharisto » mais le disons-nous au Seigneur quelle que soit la langue ? Est-ce que pendant ces deux heures que nous passons ensemble, il nous viendra à l’esprit de rendre grâce au Seigneur et pourtant il y a des prières qui vont bien dire que nous rendons grâce mais est-ce que nous serons dans ces prières ? Est-ce que notre oreille entendra des mots simplement ou est-ce que notre cœur s’ouvrira pour dire merci au Seigneur, pour ce qu’il a fait pour nous : sa mort sur la croix, sa résurrection et toutes les guérisons, pour le salut qui nous est offert ? Soyons attentifs à ce que nous faisons dans notre vie spirituelle, à ce que nous disons à Dieu. Tout à l’heure, après la Communion, nous chanterons : « Nous avons vu la vraie lumière, etc… » Est-ce que c’est simplement un chant, une ritournelle que l’on chante systématiquement après la Communion, à laquelle on ne fait guère attention ou bien est-ce que, dans ce chant, nous ferons entrer notre merci à Dieu pour ce que nous avons goûté, pour ce que nous avons reçu, son Corps, son Sang, sa bénédiction, sa paix, la joie du cœur retrouvée ? Quand j’étais petit enfant - je pense qu’on le fait toujours aux petits enfants – quand on me donnait quelque chose et que je ne disais pas merci, mes parents me disait : « Et alors, et alors … Où est-il le merci ? ». Oui, j’ai été éduqué comme cela. Alors bien sûr Dieu ne donne pas des taloches, Il a autre chose à faire mais quand même, il faut réveiller nos cœurs, nos âmes, il faut prendre conscience de nos manquements. Ce n’est pas compliqué de dire merci à Dieu quand une grâce est venue, quand nous avons été exaucés, quand un ami, une amie, une personne pour laquelle nous avons prié est exaucée. Rendre grâce, c'est-à-dire reconnaître la grâce, c’est cela que veut dire « rendre grâce », reconnaître devant Dieu que c’est Lui qui est à la source de la grâce. Alors voilà c’est tout l’enseignement simple, facile à retenir, qu’il faut vivre ; pas simplement retenir dans l’intellect mais vivre avec le cœur. Alors que le Seigneur nous apprenne à dire merci pour tout ce qu’il nous offre.
Amen