Monastère Saint Silouane

La Sainteté

27/6/2021 Mth X, 32,33,37,38 XIX, 27-30
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen

Aujourd'hui nous fêtons tous les Saints, tous les Saints de la terre et la première question peut-être que nous pouvons nous poser c’est qu'est-ce que la sainteté. Tout à l’heure pendant la Divine Liturgie lorsque j’élèverai le Corps du Christ vous répondrez : « Un seul est Saint, un seul est Seigneur, Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père ».

Le Saint parfait c’est le Seigneur Jésus bien évidemment avec son Père et son Esprit et pourtant nous sommes appelés à la Sainteté, pourquoi ? Parce qu'à partir du moment où nous avons été baptisés nous avons reçu le germe de la sainteté ; lorsque nous avons reçu le Saint Chrème, signe de la venue de l’Esprit-Saint en nous, nous avons reçu le germe de la sainteté ; à partir de ce moment-là tout devient possible mais il faut bien comprendre ce que c’est que la sainteté pour nous les êtres humains qui vivons sur cette terre ; c’est avant tout un désir profond qui doit naître en nous, provoqué par Dieu, un désir d’être le plus proche possible de Lui, d’être le plus proche en communion avec Lui, avec le Seigneur, dans notre quotidien, dans notre vie ; le Seigneur doit être Celui qui est premier dans notre vie, à qui nous portons le plus d’intérêt ; c’est pour cette raison que l’Evangile que nous venons d’entendre, s’il est mal compris, peut paraître aberrant car le Seigneur nous dit que nous devons quitter notre père, notre mère, nos amis, etc. mais nous oublions la deuxième partie « pour Me suivre » ; autrement dit Il ne veut pas dire qu’il ne faut pas aimer son père, sa mère, sa grand-mère, son grand-père, ses amis, etc. ce n’est pas cela du tout du tout qu’Il veut dire mais Il veut dire qu’il y a un ordonnancement et que le premier avant tout que l’on doit aimer, chercher à aimer, désirer d’aimer c’est Lui, le Christ, le Fils de Dieu venu sur terre pour nous sauver et qui nous a sauvés ; et nous ne pouvons aimer notre père, notre mère, notre frère, notre sœur, nos amis que si nous aimons le Christ car c’est Lui qui est la source de l’amour ; si nous n’allons pas à la source directement, nous allons sur le chemin de côté et nous perdons du temps pour le monde ; alors oui la sainteté c’est désirer être le plus proche possible de Dieu ; nous avons plusieurs moyens pour cela ; bien sûr nous avons les commandements du Christ qui nous sont proposés, nous avons les sacrements qui ont tous un rapport avec le Christ et particulièrement le sacrement des sacrements l’Eucharistie, la communion au Corps et au Sang du Christ ; lorsque nous communions au Corps et au Sang du Christ – pardonnez-moi la comparaison – mais c’est comme si nous prenions une autoroute qui va tout droit, directement vers le ciel, sans s’arrêter, sans péages, direct ; chaque communion est un morceau d’autoroutes et on ne s’arrête pas. La sainteté pour certains – j’ai déjà entendu cela et moi-même je l’ai dit quand j’étais plus jeune – c’est réservé à certains : ceux qui sont canonisés, qui sont sur toutes nos icônes ici et bien ailleurs ; cela ce sont des repères que le Seigneur nous offre, des modèles : il n’y en a pas un qui ressemble à l’autre dans sa sainteté si vous faites attention à leur vie ; il y en a même qui ont été des grands pécheurs, très grands pécheurs ; autrement dit la sainteté n’est pas un état de perfection, contrairement à l’expression commune, c’est un état de rapprochement de Dieu, progressif, intensif avec un désir du coeur ; il ne s’agit pas de comprendre qui est Dieu – personne sur cette terre ne peut comprendre qui est Dieu avec son intellect ; Dieu c’est une expérience, ce n’est pas une réflexion et plus nous avançons sur le chemin de la sainteté plus nous faisons l’expérience de Dieu, de l’amour de Dieu, de la miséricorde de Dieu, de l’accueil de Dieu ; qui que nous soyons, où que nous soyons, quelles que soient les chutes dans lesquelles nous sommes tombés nous pouvons toujours nous tourner vers Dieu et avancer de nouveau sur le chemin de la sainteté ; la seule condition c’est de reconnaître que l’on s’est pris les pieds dans le tapis et que l’on est tombé ; c’est la seule condition, Dieu n’en demande pas d’autres ; alors oui la sainteté est le programme de tous ; quand je dis de tous, c’est de tous les humains, ce n’est pas réservé aux chrétiens ; comme je vous l’ai souvent répété, la sainteté c’est quelque chose qui doit être renouvelé tous les matins dans le désir, ce n’est pas être parfait, personne n’est parfait ; il y a des moments où nous sommes proches de la perfection, c’est vrai, grâce à Dieu ; mais Celui qui nous rend saint – c’est bien ce que nous disons à la Liturgie : un seul est Saint – c’est le Christ ; en communiant à son Corps et à son Sang, nous sommes sanctifiés et depuis le baptême nous sommes sanctifiés : tu as été sanctifié, tu as été béni par le Christ ; c’est pour cela que le Christ est venu sur terre, pour nous montrer ce que c’est que la sainteté ; alors pour Lui sainteté parfaite bien évidemment, inaccessible à nous pécheurs sur cette terre, accessible à nous dans la réconciliation finale de l’Eternité ; il ne faut pas avoir peur d’être saint parce que – et c’est là où je reviens à ce que je disais tout à l’heure – la sainteté est réservée à tous les hommes et toutes les femmes de la terre mais nous, nous sommes responsables de ces hommes et de ces femmes qui n’ont pas eu pour x raisons la chance de connaître le Christ mais qui par d’autres chemins – car l’Esprit souffle où Il veut, comme Il veut et quand Il veut – eux aussi ont accès à la sainteté ; j’ai vu dans ma vie plusieurs fois des non-chrétiens, des personnes d’autres religions avec des visages tellement illuminés par la prière, par le désir de Dieu que j’étais certain que j’avais en face de moi des gens sur le chemin de la sainteté qui étaient bien plus haut que moi ; nous notre responsabilité c’est de désirer cette sainteté, c’est de tout faire pour avancer sur ce chemin de sainteté et c’est de prier pour l’humanité entière, l’humanité entière, même les pires ; quel beau programme, programme magnifique ; ô on nous en propose des programmes, si vous avez la télévision, là on propose des tas de programmes, vous pouvez regarder toute la journée : vous avec des programmes pour maigrir en trois jours, apprendre le russe en 15 jours, devenir un yogi en je ne sais combien de semaines, etc., vous avez tous les programmes possibles et ils servent à quoi ? à pas grand-chose, la plupart du temps c’est mensonger d’ailleurs mais le programme du Christ n’est pas un mensonge. « Venez à moi vous tous qui peinez, je vous soulagerai, frappez à ma porte et Je vous ouvrirai, Je serai avec vous jusqu’à la fin des temps ». Voilà les Paroles du Christ qui nous mènent à la sainteté. Alors bien sûr nous tombons, bien sûr nous chutons mais nous sommes relevés par le Christ et remis debout dans la lumière divine que nous partageons avec Lui et avec les autres êtres humains. Un sourire dans la rue à un pauvre assis sur un trottoir, c’est un chemin de sainteté pour moi comme pour tout le monde, un simple sourire et il y a encore beaucoup d’autres choses ; je vous laisse choisir les programmes puisqu’il y a beaucoup de programmes. Que Dieu en tout cas nous aide à les accomplir, à accomplir ce programme de sainteté, simplement. On raconte qu’un moine – ce n’est pas les moines qui sont les meilleurs, je vous rassure – on raconte qu’un jour un moine a passé toute sa vie à faire la cuisine, toute sa vie, et il est devenu saint en faisant la cuisine – cela doit consoler nos cuisinières et quelque fois nos cuisiniers. Tout est possible pour devenir saint, vous savez. Hier soir en sortant de l’Office je voyais la nature qui était très belle et je n’ai pas pu m’empêcher de caresser les fleurs d’un arbre en me disant c’est la sainteté de Dieu qui est là, que je touche ; la sainteté de Dieu elle touche d’abord bien sûr les êtres humains mais toute la nature ; toute la nature est sainte, c’est nous qui la détruisons, c’est nous qui l’abimons, c’est nous qui oublions que nous sommes les jardiniers de cette nature.
Amen