Monastère Saint Silouane

Aveuglement - Amour

7/2/2021 Lc XVIII, 35-43

A
u nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ce récit, ce miracle que Jésus fait à cet aveugle, nous le connaissons bien, il est presque devenu banal mais pourtant, d’une part nous comprenons une fois de plus que le Seigneur est miséricordieux et qu’il veut notre bien et, d’autre part il y a derrière ce miracle un message qui nous est adressé à chacun d’entre nous. En effet, même si nous ne sommes pas aveugles physiquement, nous avons une autre manière d’être aveugle à certains moments dans nos vies, dans notre quotidien. Lorsque nous nous trouvons en face de notre frère ou de notre sœur qui est différent de nous, qui nous irrite, qui nous agace, qui nous insupporte, notre instinct nous porte au jugement, au rejet, au mépris, à la critique, c’est instinctif, c’est probablement lié à notre nature déchue mais aussi peut-être à de mauvaises habitudes ; à ce moment-là, nous sommes comme Bartimée, nous sommes des aveugles car nous n’avons pas su voir dans notre frère ou notre sœur le resplendissement de la beauté de Dieu ; bien sûr, quelque fois, cette présence de Dieu dans l’autre est cachée et il faut faire un effort pour la trouver ou la retrouver mais souvent nous constatons que si nous faisons cet effort nous découvrons dans notre frère ou notre sœur des qualités réelles qui sont belles, agréables à entendre, à voir, à vivre mais si nous ne faisons pas cet effort alors nous sommes aveuglés. Que faut-il faire ? Car cela nous arrive relativement fréquemment, pas toujours de manière grave, bien sûr, mais quelque fois à force de multiplier ce genre de jugement nous entrons dans une attitude qui se généralise, qui devient lourde, pesante dans nos cœurs et qui nous rend malheureux parce que nous ne voyons plus rien ; alors c’est le moment de faire comme cet aveugle, de crier vers le Christ : « Sauve-moi, viens à mon secours. Toi qui es la lumière du monde, rends-moi la lumière, rends-moi la vie, rends-moi la vue, rends-moi l’amour ». C’est un réflexe que nous avons quelque fois mais pas toujours et pourtant le Seigneur est là à notre disposition comme Il était à la disposition de cet aveugle puisqu’Il lui dit : « Que veux-tu que je fasse ? » et, à la réponse de l’aveugle, Jésus répond positivement en le guérissant immédiatement. Autrement dit lorsque nous nous apercevons que nous avons un certain aveuglement qui tombe sur nos yeux, les yeux de l’âme, si nous avons ce réflexe de nous tourner le plus rapidement possible, bien sûr, vers le Seigneur en lui demandant secours, Il sera là ; Il sera là pour nous ouvrir les yeux, pour que nous comprenions que notre frère ou notre sœur est non seulement notre vie mais c’est aussi la vie de Dieu qui est en nous. Alors ce petit miracle – ce grand miracle aussi – et bien nous enseigne beaucoup sur ce que nous avons à faire tout au long de notre vie car ce n’est pas réglé une fois pour toutes cette histoire. Bien sûr, probablement, à force de crier vers le Seigneur, à force de nous exercer à avoir un autre regard que celui du jugement et du mépris alors progressivement nous allons apprendre à aimer l’autre dans sa différence, y compris dans ce qui me gêne. Si chacun de nous agit ainsi le monde deviendra plus beau, plus lumineux, plus clairvoyant parce que l’amour dominera.
Nous sommes en ce moment dans une situation difficile, mondialement, à cause de cette épidémie et si on lit les journaux, si on écoute la radio ou la télévision, on entend toutes sortes d’avis, toutes sortes de critiques ; tous les jours il y a quelqu'un qui critique l’autre dans ce qu’il a fait ; personne ne cherche à voir quel est l’effort que fait l’autre pour nous aider à sortir de cette épidémie ; non, c’est la critique toujours, le rejet, alors que nous-mêmes nous ne savons même pas quoi faire ; nous avons cet orgueil qui nous domine, qui nous fait penser que nous sommes au-dessus des autres qui eux se contentent de dire des âneries, soi-disant. Voyez-vous il y a toute une réforme à faire à l’intérieur de nous, à l’intérieur de notre cœur, de notre âme, une véritable réforme, un retournement, une conversion ; il faut que nous passions du jugement à l’amour ; c’est certainement très difficile ; c’est pour cette raison que le Seigneur est prêt à nous aider ; c’est pour cette raison qu’il ne faut pas nous lasser de Lui demander secours à chaque fois, n’ayons pas peur d’être répétitifs : deux fois, trois fois, cinq fois par jour s’il le faut ; c’est ainsi que nous apprendrons à voir, à ne plus être aveugle, à voir non seulement que le monde est beaucoup plus beau que nous le pensons et que c’est grâce à la lumière du Christ que nous voyons tout cela. Rendons-Lui grâce.
Amen