Monastère Saint Silouane

De l'existence à l'être

2/1/2022 Mc I, 1-8

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Par l’Evangile que nous venons d’entendre nous comprenons que nous nous approchons de la venue du Christ dans cette vie d’Incarnation qu’Il a choisie, dans cette vie que l’on appelle la vie publique de Jésus là où Il apparait pour tous les hommes.

Au demeurant c’est Jean Baptiste qui dans cet Evangile tient une place importante ; au tout début il nous est dit : « Voici que l’ange du Seigneur est envoyé » ; car Jean Baptiste sera le dernier des prophètes de l’Ancien Testament, il sera aussi celui qui annonce le Christ et c’est pour cela qu’on l’appelle « l’ange » car les anges sont tous des annonciateurs ; ce qu’il annonce évidemment c’est la chose la plus extraordinaire qui puisse arriver à l’humanité, c’est la venue du Seigneur Jésus, le Sauveur du monde ; alors il propose à ceux qui s’approchent de lui de recevoir un baptême de repentance qui n’est pas le baptême qui viendra ensuite lorsque le Seigneur enverra ses apôtres baptiser au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit tous ceux qui le souhaiteront ; ce n’est pas le même genre de baptême, c’est un baptême de préparation du coeur, c’est un baptême de désir, c’est un baptême qui est un prélude à la venue du Christ qui Lui-même d’ailleurs se fera baptiser par Jean alors qu’Il n’en avait absolument pas besoin ; le baptême de repentance, lui, était un baptême de préparation, un baptême de désir ; vous savez lorsqu’on reçoit des amis chez soi ou dans un monastère quand on reçoit le métropolite on fait le ménage, tout est propre, tout est impeccable, c’est l’occasion d’avoir une maison rutilante, propre, digne de celui qui vient ; le baptême de Jean est un petit peu comme cela ; il faut que ceux qui allaient rencontrer le Seigneur plus tard se préparent, fassent un peu de ménage mais dans le désir d’accueillir le Christ ; et c’est cela qui est le plus important : accueillir le Christ ; parce que nos péchés, malgré notre baptême, malgré nos confessions, nos péchés sont toujours là, ils reviennent d’une manière ou d’une autre, plus ou moins intensive, plus ou moins légère mais ils sont toujours là ; Un seul est sans péché dirons-nous dans la Pannikhide : « Toi seul est sans péché Seigneur » ; aucun homme n’échappe au péché mais, par contre, tous les hommes de la terre peuvent désirer la venue du Christ dans leur coeur, dans leur vie, dans leur quotidien ; malgré que nous soyons tous pécheurs nous devons faire grandir en nous ce désir de Dieu, ce désir de la visite du Seigneur Jésus en nous ; pour cela bien sûr nous devons, comme les disciples de Jean, nous y préparer en faisant quelque ménage dans notre coeur et dans notre âme pour accueillir le Christ car le ménage que nous faisons dans notre coeur et dans notre âme c’est pour accueillir le Christ, qu’Il ait de la place dans notre coeur ; Le Christ vient se faire baptiser, baptême que l’on fêtera dans quelques jours, baptême qui annonce ce que le Christ est venu faire sur terre à savoir vivre au milieu de nous en portant toutes les conséquences de nos péchés et de nos fautes ; Il n’avait pas besoin d’être baptisé – nous le redirons, bien sûr – mais Il veut, en plongeant dans les eaux du Jourdain, les purifier de tous les péchés qui auraient été en quelque sorte noyés dans les eaux ; Il veut purifier cette eau ; c’est pour cette raison que quand nous pélerinons en Terre Sainte et que nous approchons du Jourdain, nous essayons de nous plonger dans les eaux - car elles sont pures, elles sont pures grâce au Christ - ou bien de nous asperger ou de nous bénir ainsi que nos vêtements, nos chapelets, etc. Dieu, le Christ Jésus ne peut venir en nous que si nous le désirons car nous sommes libres ; la vraie liberté c’est celle-ci : avoir le coeur qui attend le Seigneur, qui Le désire, qui Le cherche même à tâtons, même au travers d’un voile, comme dira St Paul, mais il faut que nous cherchions le Seigneur de tout notre coeur, que nous l’attendions, que nous préparions sa venue ; c’est pour cette raison entre autres que pendant la Liturgie, avant la Communion, nous disons les prières spéciales - que l’on peut dire d’ailleurs la veille au soir ou pendant la journée qui précède la Liturgie, chez soi, mais dans l’église il est nécessaire de les réciter ces prières pour que notre coeur et notre âme soient conscients que nous avons besoin de nettoyer notre être profond pour que le Christ puisse venir par la Communion au Corps et au Sang s’installer en nous, vivre en nous ; dans ces prières nous reconnaissons que nous sommes indignes, bien évidemment ; qui sur cette terre pourrait être digne devant cet autel, devant le Christ ? Personne ; mais il ne s’agit pas d’être parfaitement digne, il s’agit d’avoir conscience de notre indignité, ceci est beaucoup plus important, et de le dire au Seigneur, comme l’a dit le centurion : « Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri » ; nous pouvons dire cela au Seigneur lorsque nous nous approchons du Calice : « Seigneur je ne suis pas digne mais tu as dit : Venez à moi vous tous qui peinez et souffrez et je vous soulagerai. Frappez à ma porte et je vous ouvrirai. Alors Seigneur nous venons vers Toi, vers ton Saint Corps et ton Saint Sang pour les recevoir et nous demandons d’être consolés par Toi ». Car c’est le Seigneur qui nous donne joie au coeur et à l’âme ; c’est Lui qui nous donne envie d’être plus que nous sommes, d’aller de l’existence à l’ « être » ; l’existence est l’état dans lequel nous sommes et qui est un substitut de l’ « être » ; l’ « être » est parfait car Dieu « est » et Dieu est parfait ; nous, nous cherchons à « être » et nous ne pouvons « être » qu’en recevant Celui qui « est », le Christ Jésus notre Seigneur, l’être parfait, l’être divin ; mais en le recevant, progressivement, nous aussi, nous sommes divinisés ; nous apprenons à être divinisé pour que le jour où nous apparaîtrons devant Dieu nous soyons en Communion totale d’être à être ; certes nous ne serons pas encore dignes au moment où nous arriverons devant les portes de l’Eternité mais si nous avons travaillé sur nous, sur notre existence de faiblesse, de pauvreté, de misère, de péché, si nous avons, par la grâce de Dieu, par la grâce de l’Esprit-Saint, si nous avons lutté pour éviter tout ce que nous sommes capables de faire (rejeter notre frère, de le juger, de le condamner, nous désintéresser de notre sœur parce qu'elle nous gêne et puis toutes les autres fautes que nous connaissons bien), l’important, voyez-vous, c’est qu’avec Dieu il n’y a jamais de problème mais je dis bien « avec Dieu » pas « sans Dieu », « avec Dieu » il n’y a pas de problème, si nous venons vers Lui, dans l’humilité, dans la simplicité de notre vie, ce qu’a vécu St Seraphim de Sarov dont nous célébrons aussi la fête en ce jour ; c’est sans aucun doute un très grand saint vénéré non seulement dans la terre de Russie mais dans la terre entière ; St Seraphim de Sarov est devenu comme un repère, un modèle comme sont tous les Saints pour nous encourager à « être » de plus en plus ; St Seraphim de Sarov était un moine de grand niveau dans sa prière ; comme les grands ascètes il a prié très longtemps sur un rocher à genoux ; il priait sans aucun doute pour lui mais aussi pour le salut du monde comme l’ont fait d’autres Saints comme Saint Silouane, St Sophrony et bien d’autres encore ; il était très humble St Seraphim de Sarov ; un jour des voleurs sont venus dans sa petite maison pensant qu’il y avait quelque chose à voler mais il n’y avait rien, rien que lui, lui seul et Dieu ; voyant qu’il n'y avait rien ils l’ont battu ; il a été retrouvé dans un mauvais état et l’higoumène de son monastère lui a demandé de rester à partir de ce jour-là au monastère ; c’était comme s’il avait accompli tout ce qui était possible et qu’il allait en quelque sorte développer ce labeur pour tous les hommes de la terre ; alors oui, comme Jean le Baptiste qui était un homme humble aussi - puisqu’il dira au Christ « je ne suis pas digne de délier les courroies de tes sandales », comme le Christ Jésus qui est l’humilité parfaite, comme St Seraphim de Sarov essayons, essayons avec la grâce de Dieu, avec le secours des Saints et leur intercession, essayons de vivre en cherchant à « être », à éliminer tous ces jugements, tous ces mouvements d’orgueil, tous ces refus de la souffrance ; la souffrance ne vient pas de Dieu certes et nous devons tout faire pour ne pas souffrir mais Dieu peut se servir de la souffrance pour nous sauver – n’est-ce pas ce qu’Il a fait avec son Fils en L’envoyant sur cette terre sachant qu’Il allait endurer notre souffrance, pire que notre souffrance pour sauver le monde. Voilà, voilà en quelque sorte un programme de vie, de grande vie, la vie de l’ « être ». Que le Seigneur, par l’intercession de St Jean le Baptiste, le grand et bon St Jean, par l’intermédiaire de St Seraphim de Sarov, le bon, humble et simple, que Dieu nous donne d’avancer derrière eux, grâce à leur intercession, vers le Seigneur Jésus. Que Lui n’ait plus qu’à nous tendre la main au moment voulu pour nous faire entrer dans l’Eternité.
Amen