Monastère Saint Silouane

Apôtres

30/6/2019 Mc III, 13.19

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Ils ont proclamé l’Evangile par la force de l’Esprit-Saint. Ils ont annoncé à tous les peuples le Nom du Seigneur Jésus. Certes ils étaient des vases d’argile fragiles mais confortés sans cesse par la grâce du Seigneur. Ce dont je parle ce sont les apôtres du Christ que nous fêtons aujourd'hui autour de Pierre et Paul que nous avons célébrés hier. Ces apôtres ont joué un rôle fondamental dans l’Evangélisation de toute la terre ; ils ont été envoyés par le Christ et ils ont accompli leur mission alors que, à certains moments, leur vie n’a pas été facile. Et puis il y a autre chose qui est à remarquer : ces apôtres que le Seigneur avait choisis étaient des hommes simples ; Il aurait pu choisir des hommes cultivés, des philosophes - mais il n’y en avait pas à cette époque dans cette région ; Il aurait pu choisir des gens riches mais Il a choisi des pauvres, des hommes simples, des pécheurs du lac. Et encore Il a choisi des hommes qu’Il a dû éduquer tous les jours non sans difficultés car ces hommes étaient comme nous, à certains moments, des faibles, des pécheurs. Au moment de Gethsémani, ils ont tous pris la fuite, ils ont abandonné le Seigneur. Ils avaient des caractères plus ou moins marqués : Pierre, le fougueux, il voulait toujours dire la meilleure parole et affirmer sa foi et son amour qui étaient sincères et puis il a trahi le Seigneur, lui aussi. Thomas a douté mais ils ont tous douté ; après la Résurrection aucun d’eux ne croyaient que le Christ était ressuscité ; il leur a fallu plusieurs manifestations du Christ pour comprendre un peu que le Seigneur était ressuscité ; Thomas a eu besoin de mettre sa main dans la plaie du Christ parce que, lui aussi, était dans le doute à un moment ; Jacques et Jean voulaient la première place dans l’Eternité, dans un mouvement d’orgueil. Alors on se retrouve bien là, c’est bien nous tout cela d’une manière ou d’une autre bien sûr. C’est bien nous qui, à certains moments, doutons, oublions le Christ, exigeons des choses, ne comprenant pas toujours l’enseignement du Christ ; car les apôtres n’ont pas toujours compris directement ce qu’Il leur disait ; il fallait qu’Il répète, qu’Il explique ; il fallait qu’il interprète des paraboles parfois très simples comme nous avons besoin que le Seigneur nous interprète sa Parole dans le cœur pour qu’elle ne reste pas à un niveau intellectuel et qu’elle descende dans le coeur, c'est-à-dire dans le profond de notre être pour que nous soyons animés par la Parole de Dieu. Oui ils ont proclamé ta Parole Seigneur, ils ont annoncé à tous les peuples ton Nom malgré tout cela. Alors ceci devient pour nous une consolation ; d’abord parce que tous ces hommes sont des saints, non pas parce qu'ils étaient parfaits – vous l’avez compris – mais parce qu'ils aimaient Dieu, ils aimaient le Christ, ils avaient foi en Lui, même si cette foi était vacillante à certains moments mais ils revenaient toujours sur le chemin de la foi, sur le chemin de l’amour de Dieu. Et c’est là notre chemin car si nous ne sommes pas directement dans la ligne des apôtres – la Tradition dit que ce sont les évêques qui ont la tradition apostolique puisque tous les apôtres ont eu un rôle épiscopal dans les lieux où ils se sont retrouvés. Mais nous sommes dans la même lignée ; à partir du moment où nous avons été baptisés par le Christ, plongés dans les eaux pour être purifiés, quand nous avons reçu les dons du Saint-Esprit au travers de la Chrismation, nous avons reçu les mêmes dons que les apôtres, chacun ayant reçu un ou plusieurs dons particuliers selon sa personnalité car Dieu nous respecte comme Il a respecté ses apôtres. Et puis nous avons communié au Corps et au Sang du Christ comme les apôtres, nous sommes donc bien dans cette même ligne d’action spirituelle.
Oui, nous devons être comme les apôtres des témoins de l’amour de Dieu, des témoins de sa miséricorde infinie qui nous prend tels que nous sommes comme Il a pris ses apôtres tels qu’ils étaient, avec leurs faiblesses ; Il s’est agacé même quelque fois avec eux : « Jusques à quand serai-je avec vous » parce qu'ils ne comprenaient pas, ils étaient butés mais nous aussi à certains moments nous sommes butés : le Christ nous parle, Il nous dit, Il nous enseigne, Il nous conduit, Il nous pousse et puis nous bloquons, nous bloquons par notre faiblesse mais le Seigneur est toujours avec nous. Et puis le Seigneur est fort – Saint Dieu, Saint fort -, le Seigneur est plus fort que nous et Il est plus fort que les démons qui peuvent nous attaquer ; Il peut les détruire en un instant, il suffit que nous acceptions son amour et que nous soyons dans une forme d’adhésion de tout notre être à la Personne du Christ dans une communion à la Personne du Christ, c’est tout le sens de notre vie comme c’était le sens de la vie de tous ses apôtres que nous fêtons. Alors nous, peut-être que nous ne sommes pas envoyés sur toute la terre pour annoncer le Nom du Christ mais nous avons une mission, chacun d’entre nous, là où nous sommes, que ce soit dans une paroisse, dans une communauté, dans notre travail, dans notre famille, dans notre société, nous avons une mission ; peut-être pas par la Parole – encore que, si on nous questionne, nous pouvons répondre - mais par notre vie. Pierre – comme on l’a vu dans les Epitres et dans les « Actes » - a été persécuté pour plusieurs raisons, de plusieurs façons, toujours critiqué, rejeté, emprisonné, battu ; Paul a subi toutes les persécutions possibles et les autres également. Ils sont tous morts dans des conditions de martyrs pratiquement ; alors ils ont témoigné, ils ont témoigné jusqu’au bout de leur foi et surtout de leur amour de Dieu, cela va avec : foi et amour ne se dissocient pas : si on croit, on aime et si l’on aime, on croit. Alors nous, nous qui sommes d’humbles pécheurs, pas plus brillants que les apôtres à leurs débuts mais nous avons la grâce, mes amis, nous avons la grâce reçue au baptême (les 3 sacrements : baptême, chrismation, communion) et, par la grâce, tout est possible ; même un balayeur de rue, un simple homme, pauvre, par son sourire, peut devenir le témoin de l’amour de Dieu. Cela existe, vous savez. Alors cela doit réveiller notre coeur, nous donner courage, confiance, foi, amour, dynamisme. Oh, il ne s’agit pas de sortir du monastère et de crier dans tout le village « Le Christ est ressuscité. Ecoutez-moi, je vais vous raconter ». Probablement que l’on vous claquerait la porte au nez parce que le monde – du moins en Europe, en tout cas – est fort déchristianisé mais nous n’avons pas besoin de parler, nous devons vivre le Christ et, à ce moment-là cela se voit ou cela s’entend, cela se sent. Pourquoi ? Pourquoi est-il bon, pourquoi est-elle souriante ? alors qu’il n’y a pas tellement lieu de sourire ; les gens s’interrogent. Il n’y a pas longtemps, prenant une voiture dans Paris pour circuler le chauffeur qui m’accompagnait, qui n’était pas chrétien, m’a vu en tenue et a commencé à me demander qui j’étais, si j’étais un rabbin. J’ai dit : « Non, je ne suis pas un rabbin, je suis un prêtre du Seigneur, je suis moine ». Alors il a eu un peu le souffle coupé puis il a commencé à me parler de Dieu - c’est lui qui a commencé, ce n’est pas moi – à m’interroger : comment je vivais, pourquoi, comment cela avait commencé, comment je continuais, qu'est-ce que je faisais là, pourquoi l’étais à Paris, etc…. Conversation banale mais conversation sous-tendue par la grâce de Dieu dans cet homme qui a suscité en moi les réponses que je lui donnais ; j’ai donné les réponses que je pouvais mais Dieu était là et à la fin du parcours cet homme m’a dit : « J’ai passé le meilleur moment de ma journée », pas à cause de moi, à cause du Christ. C’est un petit exemple mais tout est possible vous savez, avec Dieu, avec Jésus, tout est possible même l’impossible.
Alors soyons comme les apôtres. Nous avons reçu les dons du Saint-Esprit, soyons dynamisés par ces dons, offrons-les, donnons-les, là où nous sommes. Nous n’avons pas envie de sourire, sourions ; nous n’avons pas envie d’aimer, aimons ; nous avons des doutes, ayons la foi. Mais pour ce faire tout cela doit être demandé dans la prière fervente, régulière, comme le centurion : « Seigneur je crois mais augmente ma foi » car la foi n’est pas quelque chose que l’on reçoit comme un petit cadeau le jour du baptême, que l’on rage dans un tiroir ; la foi c’est quelque chose qui se dynamise tout le temps, sans cesse, qui nous rend courageux, heureux, paisibles et puis si, à certains moments nous sommes moins heureux, moins paisibles et bien c’est le moment d’aller se réfugier dans les bras miséricordieux du Christ et de se laisser aimer par Lui, de pleurer sur son épaule. Il nous consolera et Il nous donnera la force. Alors oui, comme les apôtres nous pourrons annoncer l’Evangile à notre manière, nous pourrons, à tous les peuples de la terre, donner le Nom de Jésus car le Nom est porteur de vie, le Nom du Christ est porteur de vie. Qu’Il nous apporte cette vie jusqu’à l’Eternité.

Amen