Monastère Saint Silouane

Croix souffrance salut

14/9/2019 Jn XIX 6-11, 13-20, 25-28, 30-35

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Nous fêtons aujourd'hui l’Exaltation de la Sainte Croix du Christ et la commémoration du moment où Sainte Hélène a retrouvé le bois de la Croix mais c’est bien plus que cela. En vénérant la Croix du Christ nous sommes en face du mystère du salut, nous sommes en face du cadeau que Dieu que nous fait d’avoir la possibilité d’être sauvés par la Croix. En effet, tout ce qui se passe autour de la crucifixion du Christ, son agonie à Gethsémani, sa Passion puis sa crucifixion sont à eux seuls les moments de notre salut. Bien sûr, il y a ensuite la Résurrection qui vient comme un aboutissement de tous ces évènements. Mais il faut bien comprendre que pour nous sauver le Seigneur, le Fils de Dieu, Dieu Lui-même, a accepté de vivre ce que nous aurions à vivre sur cette terre, d’une manière ou d’une autre, que l’on appelle la souffrance. C’est un grand mystère que la souffrance des êtres humains ; nous ne pouvons pas comprendre le pourquoi immédiat de la souffrance ; nous n’avons pas de réponse satisfaisante à la question : pourquoi je souffre ? Mais nous avons au demeurant peut-être la plus grande des réponses c’est que le Christ Lui-même a accepté de vivre cette différence ; Il a accepté au-delà de ses forces humaines ce qui s’est passé à Gethsémani, la peur qu’il a ressentie à l’idée de ce qui l’attendait puis l’acceptation d’être arrêté, malmené, abandonné par ses apôtres, conduit comme un  « injuste » devant un tribunal, condamné alors qu’Il n’avait rien fait que de bon, puis chargé de sa croix jusqu’au lieu où on L’a crucifié. Tout cela a été pour Lui dans son corps d’homme, dans notre corps à nous, une grande souffrance ; c’était une participation forte à notre propre souffrance quelle qu’elle soit ; c’était la manière de nous dire que nous étions aimés malgré nos fautes, malgré nos égarements et nos faiblesses. Il ne s’agissait pas d’un rachat : le Christ n’a rien racheté ; Il est venu participer à ce que nous vivons sur cette terre dans ce qui a de plus difficile, la souffrance et la mort et c’est là que se situe le mystère du salut ; c’est là qu’en acceptant toutes ces souffrances, le Christ nous prend avec Lui dans sa chair, dans tout son être et qu’ensuite Il accepte l’ignominie ; par cette acceptation Il nous démontre que quel que soit l’éloignement dans lequel nous sommes par rapport à Dieu, il nous suffit d’un seul regard vers Lui, vers sa Croix, plus exactement vers Lui sur sa croix, pour que nous soyons immédiatement consolés, confortés, remis debout dans la lumière divine ; c’est là que se situe le mystère du salut. Lorsque le Christ ressuscite c’est pour nous qu’Il ressuscite et, plus tard, lorsqu'Il s’élèvera dans les Cieux, au moment de l’Ascension, Il nous tirera tous vers le Père ; Il nous emmènera dans son humanité pour que nous participions à sa divinité. C’est pour cela que nous aimons vénérer la Croix ; il ne s’agit pas là d’un acte à caractère magique, païen, non, il s’agit de vénérer le mystère de notre salut ; et à chaque fois que nous faisons le signe de la Croix sur nous, à chaque fois que nous embrassons une croix, il nous faut nous souvenir, avec le coeur, que là se situe notre salut. C’est le plus grand cadeau qui puisse nous être fait de la part de Dieu. Alors en cette fête de l’Exaltation de la Croix, au travers de cette Divine Liturgie, qui fait revivre le mystère total de l’abandon du Christ, de son offrande de tout son être, pour nous, au travers de ce que nous célébrons, revivons intensément le mystère du salut et rendons grâce à Dieu ; rendons grâce à Dieu pour son amour infini, Lui qui a pensé que seule une personne de la Sainte Trinité pouvait nous annoncer que nous étions aimés malgré nos fautes. Pour cette raison, en accord trinitaire, le Fils est venu au milieu de nous ; Il a pris notre chair, Il a pris nos souffrances, Il s’est humilié, Il s’est offert. Accueillons cette offrande avec reconnaissance et goûtons, goûtons ce salut qui est là à notre portée ; à chaque fois que nous pensons au Seigneur crucifié, c’est le salut qui nous est donné dans le coeur, qui est réveillé en quelque sorte dans notre coeur. Alors oui, soyons dans l’action de grâce, dans la reconnaissance, dans l’amour, d’un Dieu qui est Amour et qui veut partager cet amour avec nous pour l’Eternité.

Amen