Monastère Saint Silouane

Ascension repentir

10/6/2021 Ascension Lc XXIV, 36-53
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Dans ce récit évangélique nous pouvons penser d’une certaine manière que le cycle de l’Incarnation du Christ dont le but était le salut du monde s’est achevé ;

le Seigneur Jésus revoit ses disciples une dernière fois, leur démontre que c’est bien Lui et pour ce faire Il leur montre les plaies de ses mains et de ses pieds ; puis comme Il voyait qu’ils étaient encore dans une certaine euphorie douteuse – on va dire comme cela – Il leur demande de quoi manger pour qu’ils comprennent bien qu’Il est toujours vivant et ils partagent du poisson et du miel puis Il les enseigne et Il leur dit de prêcher le repentir ; ce repentir dont les apôtres, leurs successeurs et en définitive tous les chrétiens et peut-être même l’humanité entière auront la responsabilité, ce repentir est quelque chose de vital qu’Il leur propose d’enseigner ; certes le repentir est une vertu spirituelle immense qui ne peut nous être offerte que par la grâce de Dieu ; bien sûr nous nous sentons à certains moments pécheurs, faibles et pauvres, nous sommes capables de tomber, quelque fois bien bas, nous avons conscience de nos fautes, nous n’en sommes pas satisfaits ; et nous pouvons glisser alors vers un sentiment qui n’est pas juste, qui s’appelle la culpabilité or la culpabilité n’est pas un sentiment chrétien, c’est au mieux quelque chose de psychosociologique ; ce n’est pas la culpabilité qui va nous redonner le cœur libre, c’est le repentir c'est-à-dire une prière humble, sincère qui jaillit du cœur et de l’âme en face du Seigneur pour Lui dire : ce n’est pas cela que je veux vivre, cela je le rejette, je n’en veux plus ; et nous rentrerons progressivement – car cela demande beaucoup de temps – nous rentrerons dans le repentir ; à chaque fois que nous serons tombés, par la grâce de Dieu, il sera possible si nous le voulons, si nous désirons, d’obtenir justement la grâce du repentir, l’humilité qui nous rapproche du Seigneur qui, Lui, nous offre ses bras pour les refermer sur nous et nous dire que malgré tout cela Il nous aime et qu’une fois pour toutes Il a jeté derrière sa Croix tous les péchés du monde ; et puis le Seigneur Jésus promet – nous l’avons entendu dans l’Epître plus particulièrement mais dans l’Evangile c’est sous-jacent – Il promet la venue de l’Esprit-Saint aux apôtres, l’Esprit-Saint que nous fêterons dans quelques temps à la fête de la Pentecôte, l’Esprit-Saint qui viendra pour que les apôtres d’abord et tous ceux qui les entourent, nous autres et puis le monde entier comprennent que Dieu est amour ; ce n’est pas qu’Il aime de temps en temps, c’est qu’Il est amour ; nous, nous aimons de temps en temps quand cela va bien et puis quelque fois quand cela va mal on arrive aussi à aimer mais c’est un peu moins fréquent ; Lui, Dieu, n’aime pas de temps en temps quand Il y pense, Il aime toujours ; Il est amour et ce que le Saint-Esprit offrira aux apôtres et à nous tous c’est cela : la certitude que Dieu est amour ; Jésus en a parlé tout au long de son Incarnation mais là l’Esprit-Saint ouvrira l’âme et le cœur des apôtres puis de nous tous pour comprendre non pas dans l’intellect mais dans l’expérience profonde que Dieu nous aime ; nous passons évidemment tous par des épreuves, des moments difficiles, des moments que nous avons créés nous-mêmes d’ailleurs et qui nous rendent tristes mais l’amour de Dieu est toujours là ; c’est cela qui est extraordinaire ; vous savez, je passe dans le jardin en ce moment de temps en temps et je vois cette nature extraordinaire qui éclot pleine de couleurs : des fleurs différentes, odorantes ; il y a quelques mois nous étions dans la grisaille, dans le noir, rien absolument rien : pas de soleil, pas de fleurs, pas d’herbe verte, rien, et d’un seul coup, d’un seul coup, tout se met à verdir et à fleurir ; c’est cela l’amour de Dieu pour son peuple, vous comprenez ; ce qui est gris, ce qui est triste, ce qui est sans soleil c’est nous au moment où nous tombons mais dès que l’amour de Dieu arrive tout fleurit, tout s’anime, tout devient joyeux, tout devient beau, notre vie est belle, notre vie mérite la joie du cœur et c’est cela que Jésus propose à ses apôtres.
Puis je terminerai en disant quelque chose qui est important ; il nous est dit que le Seigneur s’est élevé après avoir béni ses apôtres vers le ciel mais Il ne s’est pas élevé tout seul car Il nous a tous pris avec Lui, l’humanité entière, toute la création pour l’offrir à Dieu le Père ayant accompli sa mission ; Il offre le salut qu’Il a accompli pour nous tous, nous les chrétiens mais aussi pour les autres et c’est pour cela que les apôtres repartent à Jérusalem avec joie parce qu'ils savent qu’ils sont emportés dans un mouvement d’élan d’amour vers Dieu le Père et que là nous sommes présents avec le Christ à côté du Père ; nous le serons dans l’Eternité mais pas-à-pas nous le sommes aussi et si nous le voulons tous les jours ; il suffit de se tourner vers le Père ; nous sommes maintenant des fils et des filles adoptifs, adoptés, réconciliés, aimés, mis debout dans la lumière de Dieu ; alors réjouissons-nous comme les apôtres qui retournent à Jérusalem ; et bien nous, nous retournons dans notre Jérusalem intérieure, dans notre cœur, et nous réjouissons de ce que le Seigneur nous aime à ce point.
Amen