Monastère Saint Silouane

Foi jeûne et évangile

25/8/2019 Mt XVII, 14-23

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Vous l’avez sans doute remarqué, le Christ face à cet homme et à cet enfant possédé a une réaction de colère : « Jusques à quand serais-je parmi vous, engeance incrédule ? » C’est à ses apôtres qu’Il s’adresse par ces mots. En effet les apôtres – nous le verrons plus tard – n’avaient pas su guérir ce malade, ils n’ont pas su chasser ce démon et le Seigneur insiste sur la nécessité d’avoir la foi puis il ajoutera : « Ce genre de démon ne se chasse et ne se vainc que par le jeûne et la prière ». Autrement dit cette péricope évangélique peut se résumer à trois mots la foi, le jeûne et la prière. Bien sûr nous entendons souvent dans les Evangiles qu’il est question de foi ; très souvent le Seigneur Jésus demande à ceux qui veulent être guéris : « Crois-tu ? » ; c’est la première question et ensuite souvent Il leur demande « Veux-tu ? » puisqu’Il nous veut libre mais d’abord « Crois-tu ? ». En effet ce que le Seigneur offre aux hommes en guérissant les uns et les autres, ce n’est pas un acte de magie, c’est la conséquence d’un acte de foi ; nous avons beaucoup d’exemples dans l’Evangile, en particulier celui du centurion qui s’approche du Seigneur : il n’était pas juif, il était Romain, il savait que le Seigneur était un thaumaturge et lorsqu'il lui demande de guérir celui qui est dans sa maison, le Seigneur lui demande : « Crois-tu ? ». Il aurait pu répondre « non » - il était Romain, en principe les Romains adoraient tout sauf Dieu ; mais il répond : « Oui Seigneur je crois mais augmente ma foi » ; c’est une belle réponse, c’est une réponse que nous devons retenir pour nous-même. Les apôtres n’ont pas eu suffisamment de foi pour chasser ce démon ; s’ils avaient véritablement prié et jeûné, disant au Seigneur : « Oui, nous croyons mais augmente notre foi » ; car demander au Seigneur d’augmenter notre foi c’est un acte de foi aussi : notre foi n’est jamais parfaite ; elle est en mouvement, elle en chemin, elle est en dynamisme ; nous devons solliciter le Seigneur à chaque fois que nécessaire pour que notre foi grandisse et que s’accomplisse la volonté de Dieu sur chacun d’entre nous. Est-ce que – c’est une simple question parmi beaucoup d’autres que l’on peut se poser – est-ce que lorsque nous faisons le signe de la croix sur nous, nous pensons que, par la croix, le Seigneur nous a sauvés ou bien faisons-nous les choses par habitude ? ; le Père Sophrony, de sainte mémoire nous disait toujours que le signe de la croix, nous ne pouvons pas le faire n’importe comment, pas rapidement comme cela, non, il disait : « Prenez votre temps et bénissez tout votre être par le signe de la croix qui est le signe du salut » ; mais à condition de croire dans ce que nous faisons, que notre cœur et notre intellect soient dirigés vers le Seigneur Jésus mort sur la croix et ressuscité pour nous. Les apôtres avaient déjà assisté à plusieurs miracles du Seigneur ; le Seigneur les enseignait tous les jours – nous en avons trace dans les Evangiles – mais Il leur a dit beaucoup plus de choses que ce qui est écrit dans les Evangiles. Et pourtant ce jour-là, ils n’ont pas su chasser le démon et le Seigneur leur fera le reproche : « Vous n’avez pas assez de foi, vous ne croyez pas ; vous écoutez ma Parole mais vous ne croyez pas ». Parce qu'on peut lire l’Evangile toute sa vie ; beaucoup de gens ont lu l’Evangile ; on dit que la Bible est le livre le plus lu dans le monde ; mais croit-on dans ce qu’on lit ? Si de si nombreuses personnes lisent la Bible alors le monde devrait être autrement ; c’est la preuve qu’on lit la Bible comme un texte sympathique, agréable, intéressant qui peut donner des repères pour la vie mais cela s’arrête là. Et nous d’ailleurs, qu'est-ce que nous faisons en lisant la Parole du Christ ? Il n’est pas facile de croire ; nous avons tous à certains moments des idées de doute mais ce qui doit réveiller notre foi c’est la Parole du Christ ; lorsque nous la lisons dans l’Evangile, elle doit réveiller notre coeur et notre foi, nous donner envie d’aller au-delà de ce que nous lisons, d’en vivre et pour ce faire nous avons comme une envie de prier et la prière va venir doucement, peut-être très simplement, peu importe ; le Seigneur ne comptabilise pas nos prières, ni leur longueur ; ce qui L’intéresse c’est la qualité de la prière qui jaillit du coeur de l’être ; c’est cela qui est important, peut-être était-cela que les apôtres n’avaient pas suffisamment compris ? Et puis Il leur parle du jeûne aussi qui est nécessaire à certains moments pour montrer que ce qui nous intéresse c’est d’être nourri de la Parole de Dieu plus que de la nourriture terrestre ; c’est encore un acte de foi. Alors voyez-vous au travers de cet Evangile que nous connaissons bien, bien sûr, et plus nous vieillissons et plus nous avons l’impression de l’avoir lu des centaines de fois mais si on le relit sans cesse, si l’Eglise nous propose cette relecture, c’est justement pour réveiller notre foi, pour la remettre dur les rails, comme l’on dit, pour que nous avancions dans l’abandon entre les mains du Christ quelle que soit la situation que nous vivons. Il y a des situations difficiles, des situations personnelles, des situations familiales, sociales et des situations ecclésiales évidemment, et alors, et alors où est le problème ? Est-ce que j’ai la foi ? Voilà le problème, voilà la question et voilà la réponse. Si nous commençons à cogiter intellectuellement sur nos interrogations, nous savons déjà le résultat : on n’ira pas loin mais si nous nous prosternons aux pieds du Christ, aux pieds de Dieu comme cet homme en croyant que le Christ, le Dieu peut tout : Il peut chasser les démons ; en ce moment les démons attaquent, attaquent les Eglises, notre Eglise ; n’oublions pas qu’il s’appelle le diable, diabolos, celui qui sépare, qui coupe, qui écarte, qui détruit mais si nous avons la foi, le démon est obligé de s’enfuir ; un seul signe de la croix suffit pour qu’il parte ; il faut que nous le croyons, il faut que nous en vivions ; et pour ce faire, sans aucun doute, comme le dit le Seigneur à ses apôtres, la prière et le jeûne seront utiles, plus que les cogitations intellectuelles, plus ou moins intelligentes. Alors que le Seigneur nous permette de voir notre foi grandir, à condition que nous le demandions.
Nous fêtons la translation des reliques de St Barthelemy, nous fêtons St Tite, nous fêtons les saints tous les jours. Prions les Saints et les Saintes. Pourquoi sont-ils Saints et Saintes ? Parce qu'ils étaient parfaits ? Non, aucun n’a été parfait lorsqu'ils avaient la foi : ils avaient la foi et ils priaient et ils pleuraient et ils s’agenouillaient devant le Seigneur et ils recommençaient jusqu’à la fin de leur vie. Alors que ces saints et ces saintes soient pour nous un réconfort, d’une part, un moyen d’intercession d’autre part, un modèle, des phares ; qu’ils nous illuminent et qu’ils nous donnent le goût de la sainteté, c'est-à-dire le goût de vivre notre foi.
Amen